Bienvenue sur le Site du Radio-Club F5KEE de Viry-Châtillon (91 – Essonne)!

Chers(es) visiteurs(ses) et passionnés(es) de radio et de sciences,

Le Radio-Club F5KEE vous accueille à la Maison des Associations de Viry-Châtillon, au cœur de l’Essonne. Dans ce lieu ouvert et convivial, nous réunissons toutes celles et ceux qui partagent la curiosité des sciences, des techniques et des communications sans fil.

Le radioamateurisme, c’est bien plus qu’un simple hobby :
c’est une passion universelle, où l’on apprend à dialoguer avec le monde entier, à construire ses propres antennes et équipements, à explorer la propagation des ondes, mais aussi à découvrir les technologies numériques et les satellites.

À qui s’adresse le radio-club ?

Le F5KEE s’adresse à tous les publics :

  • les curieux qui veulent découvrir ce qu’est la radio et comment on peut communiquer sans Internet,

  • les jeunes et étudiants attirés par la technique, l’électronique ou l’aéronautique,

  • les futurs radioamateurs qui souhaitent préparer la licence,

  • les opérateurs confirmés qui veulent partager leurs expériences, expérimenter ou participer à des contests,

  • et plus largement, toute personne désireuse d’apprendre, de pratiquer et d’échanger dans un cadre associatif.

Que fait-on au F5KEE ?

Nos activités sont variées et adaptées à tous les niveaux :

  • Découverte et formation : initiation aux bases de la radio, aide à la préparation de la licence radioamateur.

  • Pratique du trafic : contacts en phonie, en CW (morse), en modes numériques (FT8, …), via satellites ou encore à travers le monde en HF.

  • Expérimentations techniques : réalisation et essais d’antennes, utilisation du SDR, projets autour de l’Arduino ou d’interfaces numériques.

  • Activités collectives : organisation de démonstrations publiques, projets éducatifs en lien avec les écoles ou évènements internationaux (ARISS, QO-100, etc.).

  • Vie de club : échanges, entraide, convivialité et partage de connaissances dans une ambiance amicale.

Pourquoi nous rejoindre ?

Adhérer au Radio-Club F5KEE, c’est rejoindre une communauté dynamique et passionnée, c’est apprendre en pratiquant, c’est aussi trouver un lieu où la curiosité technique et la convivialité se conjuguent au quotidien.

C’est également l’occasion d’acquérir des bases solides en électricité et en électronique, compétences précieuses pour comprendre le fonctionnement des équipements mais aussi pour, pourquoi pas, préparer un futur métier dans les domaines techniques, scientifiques ou industriels.

Que vous soyez simple curieux, débutant ou opérateur chevronné, poussez la porte de la Maison des Associations de Viry-Châtillon : F5KEE vous accueille et vous invite à découvrir le monde fascinant du radioamateurisme.

L’équipe du Radio-Club F5KEE de Viry-Châtillon

Envoyer sa propre expérience radio dans la stratosphère : que peut réellement embarquer un radioamateur ?

Banniere Pico-Ballon

Un pico-ballon peut sembler n’être qu’un ballon équipé d’une balise GPS. Pour un radioamateur français, il peut pourtant devenir un véritable laboratoire volant : propagation HF, température, pression, alimentation solaire ou télémétrie peuvent être étudiées avec seulement quelques grammes d’électronique.

Mais en France, avant de penser antenne et capteurs, il faut aussi penser DGAC.

Quelques grammes d’électronique

Le principe d’un pico-ballon est de réduire au maximum la masse suspendue. Un tracker moderne peut réunir GPS, microcontrôleur, émetteur et capteurs sur quelques grammes seulement.

L’architecture typique devient :

cellules solaires → alimentation → microcontrôleur → GPS/capteurs → émetteur → antenne

Des cartes comme le LightAPRS-W et les projets Traquito montrent qu’un tracker WSPR/APRS extrêmement léger est aujourd’hui réalisable.

À cette échelle, quelques grammes supplémentaires comptent énormément : batterie importante, caméra ou Raspberry Pi classique sont donc rarement adaptés.

Le ballon comme laboratoire de propagation

L’expérience la plus intéressante pour un radioamateur est probablement d’embarquer une balise WSPR.

Avec quelques milliwatts seulement, elle peut être reçue à des centaines ou milliers de kilomètres lorsque la propagation le permet. En connaissant simultanément la position et l’altitude du ballon, on peut étudier :

  • les distances de réception ;
  • les rapports signal/bruit ;
  • les variations jour/nuit ;
  • les différences entre plusieurs bandes HF ;
  • l’évolution de la propagation pendant le déplacement.

Le pico-ballon devient ainsi une balise radio mobile à altitude connue.

Fabriquer sa propre radiosonde

Quelques capteurs légers permettent d’aller plus loin.

Un capteur de température permet de suivre l’évolution thermique de l’atmosphère. Un baromètre mesure la chute spectaculaire de pression avec l’altitude. On peut également enregistrer l’humidité.

Un autre paramètre particulièrement intéressant est la tension des cellules solaires. Elle permet d’observer directement la production énergétique disponible pour la station et son évolution au cours de la journée.

GPS, altitude, température, pression et tension d’alimentation constituent déjà une expérience très complète.

APRS ou WSPR ?

Pour un vol restant principalement au-dessus de zones disposant d’une bonne infrastructure terrestre, l’APRS est séduisant pour le suivi de position.

Pour les vols de longue durée, le WSPR devient particulièrement intéressant grâce à son efficacité avec des puissances extrêmement faibles et au réseau mondial de stations de réception.

Les données peuvent ensuite être exploitées avec des services comme SondeHub ou les réseaux de réception WSPR.

En France : attention, pico-ballon ne signifie pas lancement libre

C’est probablement le point le plus important pour un projet Pico-Ballon.

Le règlement SERA classe comme « léger » un ballon libre non habité transportant moins de 4 kg de charge utile. Mais la réglementation française ajoute des dispositions beaucoup plus directement applicables à nos minuscules pico-ballons.

En France, une autorisation préalable de la Direction de la sécurité de l’aviation civile est notamment requise dès lors que le ballon comporte des éléments métalliques ou électroniques, mais aussi lorsque sa charge utile dépasse 50 g ou lorsque son enveloppe gonflée au sol dépasse un mètre.

Autrement dit : un tracker radio de 10 g contient de l’électronique ; sa faible masse ne suffit donc pas à dispenser le radioamateur des démarches.

La demande utilise le CERFA 15915*01 et doit être adressée à l’autorité de l’aviation civile territorialement compétente.

Pour un pico-ballon susceptible de poursuivre sa route au-delà des frontières françaises, la question devient encore plus importante : SERA prévoit également l’autorisation appropriée des États susceptibles d’être survolés.

Quelques grammes, beaucoup d’expériences

Un pico-ballon radioamateur peut donc embarquer très peu de matériel, mais produire énormément d’informations.

Avec GPS + WSPR + température + pression + mesure solaire, on dispose déjà d’un remarquable laboratoire atmosphérique et radio.

Et cela suggère naturellement un prochain projet F5KEE :

concevoir nous-mêmes un tracker stratosphérique français de moins de 10 grammes.

Liens utiles

  • DGAC – Réglementation de la circulation aérienne en France
  • Document SERA complet, version du 17 janvier 2026
  • CERFA 15915*01 – Ballons libres non habités
  • Traquito – WSPR Pico Balloons
  • LightAPRS-W
  • SondeHub Amateur
  • WSJT-X / WSPR

Kenwood TM-D750 : le véritable successeur du légendaire TM-D710 est-il enfin arrivé ?

Banniere Kenwood TM-710 et TM-750

Pendant des années, le Kenwood TM-D710 a occupé une place particulière dans les stations VHF/UHF. Double réception, 50 W, GPS sur la version GE, TNC 1200/9600 bauds intégré et surtout une remarquable intégration de l’APRS : il était bien davantage qu’un simple bibande FM. Aujourd’hui discontinué, il n’avait jamais réellement trouvé de successeur chez Kenwood.

Avec le nouveau TM-D750, Kenwood semble enfin avoir décidé de reprendre la recette.

Un TM-D710 entré dans le XXIe siècle

Au premier regard, la filiation est évidente : le TM-D750 reste un mobile VHF/UHF conçu pour une utilisation radioamateur intensive, avec réception simultanée sur deux bandes et une façade détachable riche en commandes physiques.

Mais l’afficheur monochrome du D710 laisse place à un écran TFT couleur de 3,45 pouces. À cela viennent s’ajouter GNSS, Bluetooth, Wi-Fi 2,4/5 GHz, USB-C et carte microSD.

Autrement dit, Kenwood n’a pas simplement remplacé l’écran : l’architecture générale de l’appareil a été modernisée.

APRS : l’héritage du TM-D710 est bien là

C’est probablement le point le plus important pour les amateurs du D710.

L’APRS (Automatic Packet Reporting System) permet aux stations d’échanger automatiquement positions, messages et autres informations par paquets radio. Le D710 excellait dans ce domaine grâce à son TNC intégré, capable de travailler à 1200 ou 9600 bauds.

Le TM-D750 reprend cette philosophie : affichage des stations APRS reçues, messages, informations de position, chemins empruntés par les paquets et gestion d’une liste pouvant atteindre 100 stations.

L’intérêt reste le même : pas besoin d’ajouter un ordinateur, un Raspberry Pi ou un TNC externe pour exploiter l’APRS sur le terrain.

D-STAR et Wi-Fi changent la donne

Le D750 va cependant beaucoup plus loin que son ancêtre en intégrant le D-STAR.

Le Wi-Fi permet en outre d’exploiter certaines fonctions D-STAR via Internet. Le poste devient ainsi une plateforme combinant FM analogique, Packet/APRS, communications numériques et réseau IP.

C’est probablement là que se situe la principale rupture technologique avec le TM-D710.

Un waterfall… mais ce n’est pas une première !

L’une des fonctions les plus visibles du TM-D750 est son nouveau Visual Scan avec waterfall. L’historique de l’activité radio apparaît progressivement à l’écran, permettant de repérer plus facilement une fréquence occupée ou une émission intermittente.

Attention cependant à ne pas présenter cette fonction comme une première sur un émetteur-récepteur FM VHF/UHF.

L’Icom ID-52, commercialisé plusieurs années auparavant, possédait déjà un Band Scope avec véritable affichage waterfall. Icom indique d’ailleurs explicitement que celui-ci représente l’évolution chronologique du niveau des signaux.

Le TM-D710 lui-même possédait déjà un Visual Scan, mais celui-ci surveillait 31, 61, 91 ou 181 canaux sans offrir l’affichage historique d’un waterfall moderne.

Alors, digne successeur du TM-D710 ?

Sur le papier, difficile de répondre autrement que oui.

Le TM-D750 conserve les ingrédients qui avaient fait la réputation du D710 — double bande, Packet, APRS et fonctionnement autonome — tout en ajoutant écran couleur, GNSS moderne, D-STAR, Wi-Fi, Bluetooth, USB-C et waterfall.

Reste maintenant à vérifier sur le terrain ce qu’une fiche technique ne peut pas révéler : qualité du récepteur, résistance aux signaux puissants, efficacité du Visual Scan, ergonomie APRS et simplicité d’utilisation.

Car le véritable défi de Kenwood n’était peut-être pas d’ajouter davantage de fonctions au D710, mais de retrouver ce rare équilibre entre richesse fonctionnelle et efficacité opérationnelle qui avait fait de son prédécesseur une référence.

Construire une station radio autonome sur Raspberry Pi : APRS, Winlink, GPS et IA sans Internet

Banniere Radio autonome

Que reste-t-il de nos outils numériques lorsque la connexion Internet disparaît ? Pour un radioamateur, beaucoup de choses ! Associé à un transceiver, un GPS et quelques logiciels libres, un Raspberry Pi peut devenir le cœur d’une véritable station numérique autonome : localisation, APRS, messagerie radio, cartographie et même intelligence artificielle locale.

L’objectif n’est pas de recréer Internet, mais de construire une station capable de rester utile sans Wi-Fi, sans 4G/5G et sans connexion filaire.

Autour du Raspberry

Le Raspberry Pi au centre de la station

Un Raspberry Pi 5, de préférence équipé de 8 Go de RAM si l’on souhaite expérimenter l’IA locale, constitue une excellente base. On lui ajoutera un SSD ou NVMe, un récepteur GPS/GNSS USB ou série, une interface audio USB isolée et une commande PTT reliée au transceiver.

Pour une utilisation portable, l’ensemble peut être alimenté depuis une batterie LiFePO₄ 12 V au moyen d’un convertisseur DC/DC 5 V correctement dimensionné.

Attention à l’alimentation : le Raspberry Pi 5 est prévu pour une alimentation pouvant fournir 5 V sous 5 A. Avec une alimentation moins puissante, la capacité disponible pour les périphériques USB est réduite.

APRS : communiquer sa position sans Internet

Le premier service intéressant est l’APRS. Le GPS fournit latitude, longitude, altitude et heure au Raspberry Pi. Le logiciel gpsd peut distribuer ces informations aux différentes applications.

Le principe devient alors :

GPS → Raspberry Pi → Dire Wolf → interface audio → transceiver VHF → APRS

Dire Wolf remplace avantageusement un ancien TNC matériel : il utilise la carte son pour générer et décoder les signaux AX.25. Il peut fonctionner comme tracker GPS, TNC, digipeater ou IGate et fonctionne sous Linux, notamment sur Raspberry Pi.

Et surtout, la transmission APRS par radio ne nécessite aucune connexion Internet. L’accès à APRS-IS, en revanche, en nécessite une.

Winlink : le courriel passe par la radio

Autre possibilité passionnante : Winlink. Lorsqu’Internet local est inaccessible, un message peut être transmis par radio vers une station RMS distante.

Le chemin devient par exemple :

Raspberry Pi → modem/TNC → transceiver → liaison radio → RMS Winlink

Selon l’installation, on peut utiliser le packet radio en VHF/UHF ou différents modes adaptés à la HF.

Il faut cependant distinguer « accès à Winlink sans Internet chez l’utilisateur » et « réseau entièrement dépourvu d’Internet ». Winlink dispose justement d’un Hybrid Network permettant à certaines passerelles RMS de transférer des messages par HF lorsque l’infrastructure Internet est indisponible.

Sans internet ?

Lorsque l’accès Internet disparaît, le GPS, les cartes locales, l’IA embarquée et les liaisons radio directes restent disponibles. Winlink demeure accessible uniquement si une passerelle RMS peut être jointe par radio.

GPS et cartes : pas besoin du réseau mobile

Un récepteur GPS/GNSS n’a pas besoin d’Internet pour déterminer sa position. Le Raspberry Pi peut donc connaître en permanence :

latitude – longitude – altitude – heure – vitesse – locator Maidenhead

En enregistrant préalablement les cartes sur son stockage local, il devient également possible d’afficher sa position et éventuellement celles reçues par APRS sans consulter aucun serveur cartographique.

Pour une station portable ou une installation de secours, cette autonomie prend tout son sens.

Et pourquoi pas une IA sans Internet ?

C’est ici que notre station version 2026 devient particulièrement intéressante.

Avec llama.cpp, le Raspberry Pi peut exécuter localement de petits modèles de langage. Le logiciel accepte notamment des modèles GGUF quantifiés sur quelques bits afin de réduire leurs besoins en mémoire.

L’objectif n’est évidemment pas de transformer le Pi en centre de données. Une petite IA embarquée pourrait plutôt servir à rechercher une procédure dans une documentation stockée localement, résumer un bulletin reçu, reformuler un message Winlink ou expliquer une commande radio.

Une sorte d’assistant technique de terrain qui continuerait à fonctionner même lorsque le réseau est coupé.

Une station réellement autonome

Ajoutons une batterie LiFePO₄, un convertisseur DC/DC efficace, éventuellement un panneau solaire et une antenne adaptée : le Raspberry Pi devient alors le cerveau d’une petite station de communication autonome.

APRS, packet radio, GPS, cartographie, Winlink et IA locale peuvent ainsi cohabiter dans une boîte transportable.

Avec quelques watts, une antenne et un Raspberry Pi, on ne recrée pas Internet. On construit quelque chose de peut-être plus intéressant : une station capable de continuer à communiquer lorsqu’Internet n’est plus là.

Liens et ressources utiles

Quand Internet et le téléphone tombent : comment un réseau radioamateur d’urgence s’organise réellement ?

Bannière Reseau d'urgence

Une catastrophe naturelle, une panne électrique majeure ou la destruction d’infrastructures peut rapidement rendre nos moyens de communication habituels inutilisables. Les antennes de téléphonie mobile disposent certes d’alimentations de secours, mais leur autonomie n’est pas infinie. Internet dépend également d’une longue chaîne d’équipements, de fibres, de routeurs et d’alimentations électriques.

La radio possède alors un avantage considérable : deux stations peuvent communiquer directement, sans Internet, sans réseau téléphonique et parfois sans aucune infrastructure intermédiaire.

Mais disposer d’un émetteur-récepteur ne suffit pas. Encore faut-il organiser le trafic.

De la Colombie aux réseaux d’urgence

La Colombie constitue un exemple intéressant en raison de son exposition aux séismes, glissements de terrain, inondations et autres catastrophes naturelles. Sa réglementation prévoit explicitement une place pour les communications radioamateurs en situation d’urgence : certaines communications normalement interdites, notamment celles destinées à des tiers, deviennent possibles lorsqu’il s’agit de communications d’urgence.

Le principe dépasse largement le cas colombien : lorsque les infrastructures classiques deviennent indisponibles, un réseau radio autonome peut recréer rapidement des liaisons entre plusieurs points stratégiques.

Un réseau d’urgence n’est pas un immense QSO

Réseau d'urgence

Imaginons plusieurs communes isolées, un centre de secours et un poste de commandement.

Si chaque opérateur appelle qui il veut et quand il veut, la fréquence devient rapidement inutilisable. Un réseau d’urgence fonctionne donc généralement comme un réseau dirigé.

Une station centrale coordonne les communications. Les stations participantes s’identifient, attendent leur tour et transmettent des messages aussi courts et précis que possible :

origine → destination → priorité → message → confirmation.

Une demande urgente concernant des victimes doit évidemment passer avant un simple compte rendu de situation.

L’objectif n’est plus de réaliser un QSO : la fréquence devient une ressource collective qu’il faut gérer.

VHF, UHF, HF : à chaque liaison sa solution

Pour quelques kilomètres, les VHF/UHF permettent de relier équipes mobiles, communes ou centres de secours. Un relais peut considérablement augmenter la couverture.

Si les infrastructures intermédiaires sont indisponibles, la HF permet d’établir des communications sur plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de kilomètres, sans relais terrestre.

Les radioamateurs disposent également de modes numériques permettant d’échanger données, positions ou messages courts. L’APRS constitue par exemple un moyen de géolocalisation utilisé dans le monde radioamateur. La FNRASEC mentionne également l’utilisation des relais terrestres, des transmissions numériques et de l’APRS parmi les technologies maîtrisées par les radioamateurs.

Et en France ? Les ADRASEC

C’est précisément le rôle des ADRASEC, les Associations Départementales des Radioamateurs au service de la Sécurité Civile, fédérées au sein de la FNRASEC.

Nous ne parlons plus ici simplement de quelques OM décidant spontanément de prêter main-forte.

La FNRASEC bénéficie d’un agrément national de sécurité civile, renouvelé à compter du 3 janvier 2025 pour trois ans, spécifiquement pour les opérations de secours concernant les réseaux de communication et transmissions.

Les ADRASEC peuvent ainsi mettre en œuvre des réseaux radio palliatifs ou complémentaires afin de relier les différents acteurs d’une crise. Certaines disposent de moyens HF, VHF, UHF, de transmissions de données et de réseaux tactiques spécialisés.

Elles participent également aux opérations SATER, notamment pour rechercher et localiser depuis le sol les émissions de balises de détresse aéronautiques.

Point essentiel : leur intervention s’effectue dans une chaîne de commandement organisée. Dans le cadre des opérations de secours, le concours de la FNRASEC intervient à la demande du directeur des opérations de secours et sous l’autorité du commandant des opérations de secours.

Sommes-nous prêts ?

Une station radio de secours pourrait finalement sembler assez simple : un transceiver VHF/UHF, éventuellement une station HF, des antennes rapidement déployables, des batteries, une alimentation autonome, quelques câbles, un GPS et de quoi noter les messages.

Mais l’équipement ne représente qu’une partie de la solution.

Il faut surtout savoir écouter, respecter une procédure, transmettre fidèlement un message et maintenir une station opérationnelle lorsque le secteur, Internet et le téléphone ont disparu.

C’est peut-être là que le radioamateurisme retrouve l’une de ses dimensions les plus fondamentales : être capable d’établir une communication avec presque rien.

Car en situation de crise, la meilleure station n’est pas forcément celle qui porte le plus loin : c’est celle qui transmet le bon message, au bon destinataire, au bon moment.

Liens et ressources utiles

  • FNRASEC — Nos missions : présentation du rôle des radioamateurs au service de la Sécurité civile.
  • Ministère de l’Intérieur — Associations agréées de Sécurité civile : informations officielles sur les associations agréées.
  • Légifrance — Arrêté du 9 janvier 2025 : renouvellement de l’agrément national de la FNRASEC.
  • ADRASEC 08 — Réseaux de radiocommunications : exemple particulièrement détaillé de réseaux HF, VHF, UHF et complémentaires.
  • Services de l’État dans l’Aude — ADRASEC 11 : présentation officielle des missions ORSEC et SATER.
  • Colombie — Decreto 1078 de 2015 : cadre réglementaire colombien applicable notamment aux communications radioamateurs d’urgence.

Construire un émetteur QRP minimaliste en 2026 : que peut-on apprendre avec quelques composants ? (Tuna Tin 2)

Banniere Tina Tin 2

Aujourd’hui, un transceiver SDR peut embarquer des millions de transistors, des convertisseurs rapides et un puissant processeur de signal. Impressionnant… mais pas forcément idéal pour comprendre comment naît réellement un signal radio.

Pour cela, revenons en 1976 avec un montage devenu mythique : le Tuna Tin 2, un véritable émetteur CW pour la bande des 40 mètres construit avec… deux transistors et une poignée de composants.

Une boîte de thon devenue célèbre

Le Tuna Tin 2 fut imaginé par Doug DeMaw, W1CER puis W1FB, alors membre de l’équipe technique de l’ARRL. Son montage paraît dans QST en mai 1976 : un petit émetteur QRP installé sur une boîte de conserve métallique.

Le principe est remarquablement simple :

Quartz → oscillateur → amplificateur RF → filtre passe-bas → antenne

tuna tin

Architecture simplifiée du Tuna Tin 2.

Deux transistors 2N2222 suffisent. Le premier génère le signal HF, le second fournit la puissance nécessaire à l’antenne.

Premier miracle : fabriquer du 7 MHz avec du continu

Une alimentation de 12 V ne produit évidemment aucune HF. C’est le premier transistor qui transforme cette énergie continue en oscillation.

Un quartz 40 m est placé dans la boucle de réaction de l’oscillateur. Grâce à sa très forte sélectivité, il impose pratiquement la fréquence d’émission.

C’est une première leçon fondamentale : l’énergie vient de l’alimentation, mais le quartz détermine la fréquence.

Et contrairement à un VFO, il n’y a quasiment rien à régler.

Deuxième transistor : passer des milliwatts aux centaines de milliwatts

Le signal produit par l’oscillateur est encore trop faible pour être envoyé directement vers l’antenne.

Le deuxième 2N2222 fonctionne donc comme amplificateur RF. Une réalisation typique fournit environ un demi-watt.

Cela paraît dérisoire. Pourtant :

    \[500\ \mathrm{mW}=0,5\ \mathrm{W}\approx27\ \mathrm{dBm}\]

Sur une charge fictive de 50 Ω, on peut même retrouver la puissance avec :

    \[P=\frac{V_{\mathrm{RMS}}^2}{R}\]

Le Tuna Tin devient ainsi un excellent petit laboratoire de mesure RF.

Le composant essentiel : le filtre de sortie

Un transistor ne produit pas une sinusoïde parfaite. En plus de notre fondamentale vers 7 MHz apparaissent des harmoniques, notamment vers 14, 21 ou 28 MHz.

Effet du filtre passe-bas du Tuna Tin 2.

D’où le réseau LC placé en sortie : le filtre passe-bas.

Il laisse passer le 7 MHz tout en atténuant fortement les fréquences supérieures. Les versions modernisées du Tuna Tin 2 conservent naturellement ce principe.

Voilà une excellente expérience : observer le signal avant et après filtrage avec un analyseur de spectre.

Un émetteur simple ne doit jamais devenir un émetteur sale !

Et peut-on vraiment communiquer avec 500 mW ?

Absolument.

Le QRP démontre justement que la puissance ne fait pas tout. Une bonne antenne, peu de pertes dans le coaxial, un correspondant attentif et une propagation favorable peuvent permettre des liaisons étonnamment lointaines.

Le Tuna Tin 2 original a même inspiré des défis QRP et des réalisations ayant obtenu le Worked All States avec environ un demi-watt.

Sur 40 mètres, le plan de bande IARU Région 1 prévoit 7000 à 7040 kHz pour la CW, avec 7030 kHz comme centre d’activité QRP CW.

Construire un Tuna Tin 2 en 2026 ?

C’est justement là que l’expérience devient intéressante.

Deux 2N2222A, quelques résistances et condensateurs, un quartz, quelques inductances, un filtre passe-bas, une alimentation et une prise BNC suffisent pour retrouver les fondamentaux d’un véritable émetteur.

Mais aujourd’hui, nous pouvons ajouter quelque chose dont Doug DeMaw ne disposait pas aussi facilement en 1976 : nos instruments de mesure modernes.

La démarche devient alors :

Construire → brancher une charge fictive 50 Ω → mesurer la fréquence → mesurer la puissance → observer les harmoniques → vérifier le filtrage → seulement ensuite connecter l’antenne.

Le Tuna Tin 2 ne remplacera évidemment pas votre transceiver moderne. Mais pour comprendre ce qui se passe réellement entre 12 volts et une antenne, deux transistors peuvent parfois en apprendre beaucoup plus qu’un SDR à 2 000 €.

Liens et ressources utiles

Pour ceux qui souhaitent aller plus loin, retrouver le schéma du Tuna Tin 2 ou envisager sa construction, voici une sélection de ressources intéressantes :

  • Tuna Tin 2 original — QST, mai 1976 : l’article de Doug DeMaw, W1FB, « Build a Tuna Tin 2 », pp. 14–16, est la publication qui a lancé ce petit émetteur devenu un classique du QRP. L’ARRL confirme également que le montage original figurait en couverture de ce numéro.
    ARRL — histoire du Tuna Tin 2
  • Une adaptation avec des composants plus modernes : Doug Hendricks, KI6DS, explique comment le circuit historique a été adapté afin d’utiliser des composants plus faciles à trouver. C’est une excellente ressource pour qui souhaite réellement reconstruire le montage.
    The Tuna Tin 2 Transmitter — KI6DS
  • Schéma détaillé du Tuna Tin 2 : cette version « 35th Anniversary » montre clairement les deux 2N2222A, l’oscillateur à quartz, l’amplificateur, les valeurs des composants et surtout le filtre passe-bas de sortie. Le document indique également plusieurs tensions utiles pour le dépannage.
    QRPme — schéma Tuna Tin 2 35th Anniversary
  • Manuel de construction NJQRP : probablement la ressource la plus intéressante pour passer de la théorie à la pratique. On y trouve schéma, implantation des composants, câblage, transformateurs et procédure de mesure.
    NJQRP — Tuna Tin 2 Assembly Manual
  • Plan de bande IARU Région 1 : sur 40 mètres, la plage 7000–7040 kHz est prévue pour la CW et 7030 kHz constitue le centre d’activité QRP CW. Attention : il s’agit d’un centre d’activité, pas d’une fréquence réservée.
    IARU Région 1 — HF Band Plan
  • Réglementation radioamateur française : l’ANFR rassemble sur cette page les textes concernant les bandes attribuées, les conditions d’utilisation des installations radioamateurs et les principales références réglementaires françaises.
    ANFR — cadre juridique radioamateur

Après la HF, RADE : l’IA pourrait-elle révolutionner nos talkies VHF/UHF ?

RADE en VHF/UHF

Nous avons déjà évoqué sur F5KEE RADE (Radio Autoencoder) et les résultats étonnants obtenus en HF. Mais les chercheurs du projet FreeDV explorent maintenant un autre terrain qui concerne directement beaucoup plus de radioamateurs au quotidien : nos communications VHF et UHF.

Et si, après avoir transformé la manière de transmettre de la voix en HF, l’intelligence artificielle pouvait un jour se retrouver dans nos talkies ?

De la FM au numérique… puis à l’IA

Sur VHF/UHF, la bonne vieille FM analogique reste remarquablement efficace. À ses côtés sont apparus plusieurs systèmes numériques : D-Star, DMR, C4FM, puis plus récemment M17, protocole ouvert utilisant Codec 2.

Malgré leurs différences, ces systèmes reposent généralement sur une architecture assez classique :

voix → vocodeur → correction d’erreurs → modulation → radio

Chaque bloc accomplit une fonction bien définie.

Avec RADE-BBFM, pour RADE over Baseband FM, les chercheurs de FreeDV proposent une approche radicalement différente : utiliser l’apprentissage automatique pour remplacer une grande partie de cette chaîne de traitement traditionnelle.

RADE-BBFM : une IA derrière la FM

L’idée est astucieuse car il n’est pas nécessaire de réinventer toute la partie radio.

RADE-BBFM conserve une architecture Baseband FM (BBFM) que l’on retrouve dans de nombreuses radios VHF/UHF. Ce sont principalement le traitement de la parole et la protection contre les erreurs qui sont remplacés par un autoencodeur neuronal entraîné pour fonctionner directement avec les imperfections du canal radio.

On pourrait résumer très simplement la chaîne :

Micro → encodeur neuronal RADE → FM → canal radio → décodeur neuronal RADE → haut-parleur

L’IA apprend donc non seulement à représenter efficacement la parole, mais également à la reconstruire lorsqu’elle a été dégradée par le bruit, l’affaiblissement ou les évanouissements du signal.

C’est là que RADE devient particulièrement intéressant.

Et cela fonctionne déjà sur de vraies radios UHF

Nous ne sommes plus uniquement devant une simulation informatique.

David Rowe et Tibor Bece ont publié en 2025 leurs travaux dans RADE for Land Mobile Radio: A Neural Codec for Transmission of Speech over Baseband FM Radio Channels. Ils y décrivent notamment une démonstration utilisant des radios UHF du commerce.

Les essais et simulations montrent une qualité vocale supérieure à la FM analogique dans certaines conditions difficiles, notamment en présence de fading. FreeDV présente également des comparaisons audio entre FM analogique, D-Star et RADE.

Plus intéressant encore : des modèles ont été testés sur des canaux simulant un véhicule se déplaçant à 30, 60 et 120 km/h, avec des résultats encourageants même lorsque les conditions diffèrent de celles utilisées pour l’apprentissage.

Alors, bientôt RADE dans nos talkies ?

Pas encore.

L’un des principaux obstacles reste la puissance de calcul et la mémoire nécessaires. Les protocoles actuels ont été conçus pour fonctionner sur des processeurs embarqués modestes, tandis qu’un réseau neuronal demande davantage de ressources. FreeDV souligne cependant que les besoins de RADE restent très inférieurs aux capacités d’un smartphone moderne, et des essais ont déjà été réalisés sur des processeurs embarqués.

L’évolution des microprocesseurs et accélérateurs dédiés à l’IA pourrait donc rapidement changer la donne.

Et si le premier talkie « IA » venait des radioamateurs ?

C’est peut-être finalement la partie la plus enthousiasmante.

RADE-BBFM est développé en open source et FreeDV fournit le code permettant aux expérimentateurs avancés de reproduire les travaux.

Le monde radioamateur dispose parallèlement de projets ouverts comme M17, qui démontrent qu’il est possible de développer nos propres systèmes de radiocommunication numérique.

Il devient alors tentant d’imaginer un futur portatif SDR capable de charger différents modes par logiciel, parmi lesquels un mode vocal neuronal particulièrement robuste.

Un processeur suffisamment puissant, un émetteur-récepteur VHF/UHF ouvert, RADE-BBFM et quelques radioamateurs motivés… Le premier véritable talkie utilisant l’IA ne viendra peut-être pas d’un grand constructeur.

Et si notre prochain projet de construction commençait justement ici ?

Liens et ressources utiles

Votre NanoVNA sait faire beaucoup plus que mesurer le ROS : 10 expériences RF à essayer

Banniere NanoVNA

Pour beaucoup de radioamateurs, le NanoVNA est devenu l’instrument que l’on sort lorsqu’une antenne refuse obstinément d’afficher un ROS convenable. On branche le coaxial sur CH0, on cherche le minimum de ROS et l’appareil retourne dans son tiroir. C’est dommage, car nous n’utilisons alors qu’une petite partie de ses possibilités.

Un NanoVNA est avant tout un analyseur de réseau vectoriel. Il ne mesure pas seulement combien d’énergie revient vers l’émetteur : il mesure également l’amplitude et la phase des signaux. Il peut ainsi nous renseigner sur l’impédance d’une antenne, les pertes d’un câble, la réponse d’un filtre ou encore nous aider à localiser un défaut dans une ligne coaxiale.

Deux paramètres vont nous accompagner dans les expériences suivantes :

  • S11 mesure ce qui est réfléchi vers le port CH0 ;
  • S21 mesure ce qui est transmis de CH0 vers CH1.

Mesurer S11 et S21 avec un NanoVNA

Les deux mesures fondamentales du NanoVNA : S11 analyse le signal réfléchi par l’antenne ou la charge sur CH0, tandis que S21 mesure la transmission d’un signal de CH0 vers CH1 à travers un câble, un filtre ou un autre dispositif RF.

Avec seulement quelques câbles, adaptateurs et composants, notre petit NanoVNA peut donc devenir un véritable laboratoire RF de poche. Voici dix expériences pour le découvrir.

Avant de commencer : calibrez !
Une mesure n’est valable que si le NanoVNA a été correctement calibré sur la plage de fréquences utilisée. Pour les mesures en réflexion, on utilise les références OPEN, SHORT et LOAD. Pour les mesures de transmission entre CH0 et CH1, on ajoute notamment THRU. La calibration doit idéalement être réalisée au niveau du connecteur où commencera réellement le dispositif à mesurer.

1. Trouver la vraie fréquence de résonance d’une antenne

Première expérience : oublions quelques instants le ROS.

Branchez une antenne sur CH0 et affichez simultanément le ROS et l’abaque de Smith. Placez ensuite un marqueur autour de la fréquence où l’antenne semble résonner.

Le NanoVNA permet de lire son impédance sous la forme :

    \[Z=R+jX\]

avec R, la partie résistive, et X, la partie réactive.

À la résonance, nous recherchons surtout :

    \[X \approx 0\]

Une antenne peut donc parfaitement être résonante avec une impédance de 35 Ω, 70 Ω ou 100 Ω. Son ROS ne sera alors pas égal à 1 sur une ligne de 50 Ω.

C’est une distinction essentielle :

résonance et adaptation d’impédance ne sont pas la même chose.

Le NanoVNA permet justement de voir les deux phénomènes séparément, là où un simple ROS-mètre ne nous donne qu’une partie de l’histoire.

2. Mesurer la longueur d’un câble coaxial

Le NanoVNA peut également nous renseigner sur ce qui se passe le long d’un câble. Pour cela, il exploite ses mesures fréquentielles et les transforme dans le domaine temporel : c’est le principe utilisé par la fonction TDR (Time Domain Reflectometry).

Branchez sur CH0 un câble coaxial dont l’autre extrémité reste ouverte. Après calibration, effectuez un balayage sur une plage de fréquences suffisamment large puis affichez la représentation temporelle, directement sur les modèles qui le permettent ou avec un logiciel comme NanoVNA-Saver.

Le signal parcourt le câble, rencontre son extrémité ouverte et revient vers le NanoVNA. Le délai mesuré correspond donc à un aller-retour.

En connaissant la vitesse de propagation dans le câble, le logiciel peut convertir ce délai en distance et ainsi estimer sa longueur.

C’est une façon étonnamment simple de mesurer un coaxial de plusieurs mètres… sans dérouler le mètre ruban !

3. Déterminer le facteur de vélocité d’un coaxial

La vitesse d’une onde RF dans un câble coaxial est inférieure à celle de la lumière. Elle dépend principalement du diélectrique situé entre l’âme et le blindage.

On définit le facteur de vélocité, ou VF, par :

    \[VF=\frac{v}{c}\]

où (v) est la vitesse de propagation dans le câble et (c) la vitesse de la lumière.

Prenons maintenant un câble dont nous connaissons précisément la longueur physique. En mesurant son délai de propagation avec le NanoVNA, nous pouvons calculer sa vitesse réelle, puis en déduire son facteur de vélocité.

L’expérience devient particulièrement intéressante en comparant plusieurs câbles : un RG-58 à diélectrique plein, un câble à mousse ou encore un coaxial faible perte.

On constate alors directement que deux câbles de même longueur physique n’ont pas nécessairement la même longueur électrique.

Ce paramètre devient essentiel dès que le coaxial participe au fonctionnement du circuit : ligne quart d’onde, stub d’adaptation, transformateur d’impédance, phasage d’antennes, etc.

4. Localiser un défaut dans un câble avec le TDR

Voici probablement l’une des expériences les plus spectaculaires à réaliser avec un NanoVNA.

Prenez un câble coaxial de plusieurs mètres et observez sa réponse dans le domaine temporel. Une discontinuité d’impédance provoque une réflexion : le NanoVNA peut donc indiquer à quelle distance elle se trouve.

Essayez successivement :

  • une extrémité ouverte ;
  • un court-circuit ;
  • un raccord coaxial ;
  • un connecteur mal monté ;
  • ou, sur un vieux câble, une zone réellement endommagée.

Chaque anomalie produit une signature différente.

Le principe est exactement celui d’un radar miniature : le NanoVNA observe le temps nécessaire pour que la réflexion revienne vers lui. Connaissant la vitesse de propagation dans le câble, il peut en déduire la position du défaut.

Un point mérite cependant d’être retenu : la précision dépend notamment de la largeur du balayage fréquentiel, de la calibration et du facteur de vélocité renseigné.

Le NanoVNA ne remplace donc pas toujours un véritable réflectomètre professionnel, mais il permet déjà de répondre à une question extrêmement utile dans une station radioamateur :

« Mon coaxial est défectueux… mais à combien de mètres du shack ? »

VNA mode temporel

En mode temporel, le NanoVNA transforme les réflexions mesurées dans le coaxial en informations de distance. Une rupture, un court-circuit ou une variation d’impédance peut ainsi être localisé le long du câble.

5. Mesurer les pertes réelles d’un câble coaxial

Après S11, passons à S21, c’est-à-dire à ce qui traverse réellement un dispositif.

Reliez CH0 à une extrémité du câble et CH1 à l’autre extrémité, puis affichez la courbe LOGMAG en dB. Après une calibration THRU correcte, la valeur mesurée correspond directement à la perte d’insertion du câble.

Un câble parfait donnerait 0 dB. En pratique, on lira par exemple :

    \[S21=-1,2\ \text{dB}\]

Cela signifie que le câble atténue le signal de 1,2 dB sur la fréquence considérée.

L’expérience devient très instructive en comparant plusieurs longueurs ou plusieurs types de coaxiaux. On voit immédiatement que les pertes augmentent avec la fréquence et qu’un câble acceptable sur 7 MHz peut devenir beaucoup moins intéressant sur 432 MHz ou 1,3 GHz.

6. Tracer la courbe d’un filtre

Le NanoVNA peut également devenir un petit analyseur de filtres.

Branchez simplement :

CH0 → filtre → CH1

Puis balayez une plage de fréquences suffisamment large autour de la zone qui vous intéresse.

Avec S21 LOGMAG, on visualise directement :

  • la bande passante ;
  • les fréquences de coupure ;
  • la perte d’insertion ;
  • l’atténuation hors bande ;
  • et la pente du filtre.

Essayez par exemple un filtre passe-bas destiné au 14 MHz. Dans sa bande utile, la courbe doit rester proche de 0 dB, puis chuter rapidement au-delà de la fréquence de coupure.

On peut même afficher simultanément la phase afin de mieux comprendre le comportement du filtre autour de sa transition.

C’est une excellente façon de vérifier un filtre construit soi-même avant de le placer entre un émetteur et son antenne.

7. Observer la résonance d’un circuit LC

Pour cette expérience, réalisons un circuit composé simplement d’une self L et d’un condensateur C.

Sa fréquence théorique de résonance est :

    \[f_0=\frac{1}{2\pi\sqrt{LC}}\]

Prenons par exemple :

    \[L=1\ \mu H\]

et

    \[C=100\ pF\]

La résonance théorique se situe alors autour de :

    \[f_0 \approx 15,9\ MHz\]

Connectez le circuit au NanoVNA et balayez quelques MHz autour de cette fréquence.

Vous constaterez probablement que la valeur mesurée n’est pas exactement 15,9 MHz. Pourquoi ?

Parce que dans le monde réel, les composants possèdent des tolérances, des pertes, des capacités parasites et même une inductance parasite pour le condensateur.

C’est justement tout l’intérêt de l’expérience : le NanoVNA permet de voir la différence entre le composant idéal de nos formules et le circuit RF réellement posé sur l’établi.

Observer la résonance d’un circuit LC

Trois applications de S21 avec le NanoVNA : mesurer les pertes d’un câble coaxial, tracer la réponse en fréquence d’un filtre et observer la résonance d’un circuit LC. Dans chaque cas, le dispositif à tester est inséré entre CH0 et CH1.

8. Mesurer une self ou un condensateur inconnu

Le NanoVNA peut aussi devenir un petit instrument de caractérisation de composants.

En mesurant l’impédance complexe d’un composant sur CH0, nous obtenons :

    \[Z=R+jX\]

Pour une inductance, la réactance permet d’estimer :

    \[L=\frac{X_L}{2\pi f}\]

et pour un condensateur :

    \[C=\frac{1}{2\pi f|X_C|}\]

Essayez avec une self ou un condensateur dont vous connaissez déjà la valeur, puis comparez mesure et marquage.

Encore plus intéressant : augmentez progressivement la fréquence. Le composant finit par s’éloigner de son modèle idéal à cause de ses éléments parasites et peut même atteindre sa fréquence d’auto-résonance.

9. Tester réellement un choke ou un balun

Voilà une expérience particulièrement utile pour l’amateur qui construit ses antennes.

Bobinez quelques spires de coaxial sur une ferrite et mesurez son comportement sur plusieurs bandes. On peut ainsi étudier l’impédance de mode commun du choke et observer comment elle évolue avec la fréquence.

L’expérience permet surtout de comprendre qu’un choke n’est pas simplement « bon » ou « mauvais ».

Un montage très efficace sur 7 MHz peut l’être beaucoup moins sur 28 MHz. Le résultat dépend du matériau de la ferrite, de ses dimensions, du nombre de spires et de la façon dont elles sont bobinées.

Le NanoVNA devient alors particulièrement intéressant pour comparer plusieurs constructions avant d’installer le choke au pied d’une antenne.

10. Voir un coaxial transformer une impédance

Terminons par une expérience qui peut sembler presque magique.

Connectez sur CH0 une longueur de coaxial terminée successivement par un circuit ouvert puis un court-circuit, et observez son impédance sur l’abaque de Smith en faisant varier la fréquence.

La ligne ne se comporte plus comme un simple morceau de câble.

Lorsque sa longueur électrique approche :

    \[L=\frac{\lambda}{4}\]

une ligne quart d’onde transforme les impédances. Pour une ligne sans pertes :

    \[Z_{in}=\frac{Z_0^2}{Z_L}\]

Ainsi, à exactement λ/4, une charge très faible est transformée en impédance très élevée et, inversement, une charge très élevée en impédance très faible.

Sur l’abaque de Smith, c’est spectaculaire : lorsque la fréquence varie, le point d’impédance tourne autour de l’abaque.

Nous venons d’observer directement le principe utilisé dans les stubs, transformateurs quart d’onde et de nombreux systèmes d’adaptation RF.

Le coaxial n’est donc plus seulement le câble qui transporte notre HF : sa longueur électrique peut devenir une partie intégrante du circuit.

Liens et ressources utiles

Envie de reproduire ces expériences ou d’aller plus loin avec votre NanoVNA ? Quelques ressources permettent d’exploiter beaucoup plus facilement S11, S21, l’abaque de Smith et le domaine temporel.

  • NanoVNA-Saver — Probablement le complément logiciel le plus intéressant. Il permet d’afficher S11 et S21 sous différentes formes (Smith, LogMag, phase, VSWR), d’effectuer des balayages comportant davantage de points, d’analyser des filtres, d’exporter des fichiers Touchstone et surtout d’utiliser une fonction TDR pour mesurer et examiner les câbles.
  • Téléchargement de NanoVNA-Saver — Les versions disponibles pour les différents systèmes se trouvent directement dans la rubrique Releases du projet.
  • Calibration du NanoVNA — Une lecture indispensable avant de rechercher de la précision. La procédure SOLT — Short, Open, Load, Through — permet de définir correctement le plan de référence et de compenser les erreurs introduites par les connecteurs, adaptateurs et câbles de mesure.

Conseil F5KEE : avec un VNA, une belle courbe n’est pas nécessairement une bonne mesure. Avant toute expérience, vérifiez la plage de fréquences et surtout la calibration au niveau où commence réellement le dispositif à tester.

GNU Radio 4 : pourquoi cette nouvelle génération pourrait changer nos SDR

Banniere GNU Radio 4

GNU Radio 4 : une nouvelle architecture pour nos SDR

Pour beaucoup de radioamateurs, GNU Radio est devenu l’un des outils incontournables du monde SDR. Il permet de construire virtuellement un récepteur, un démodulateur ou un analyseur de signaux simplement en assemblant des blocs de traitement.

Le principe est assez simple :

Antenne → SDR → échantillons I/Q → traitement numérique → audio ou données

Un bloc peut réaliser un filtrage, un changement de fréquence, une démodulation FM, un décodage numérique ou encore afficher un spectre. En reliant ces blocs, on constitue ce que GNU Radio appelle un flowgraph.

Cette approche permet aujourd’hui de réaliser des systèmes étonnamment complexes avec un simple ordinateur et un récepteur RTL-SDR, HackRF, PlutoSDR ou LimeSDR.

Alors pourquoi vouloir tout changer ?

GNU Radio 4 n’est pas simplement GNU Radio 3.11

C’est probablement le premier point à comprendre : GNU Radio 4 n’est pas une évolution ordinaire de GNU Radio 3.

Les développeurs parlent eux-mêmes d’une nouvelle fondation destinée au traitement numérique du signal moderne. GNU Radio 4 a d’ailleurs atteint son premier stade Release Candidate (RC1) en mars 2026. À ce stade, l’architecture centrale et le modèle d’exécution sont considérés comme suffisamment stabilisés pour préparer l’écosystème à la future version définitive.

Une grande partie du travail concerne quelque chose que l’utilisateur ne voit pratiquement jamais : le moteur qui fait fonctionner les blocs.

Pour comprendre son importance, imaginons une petite chaîne SDR :

SDR → filtre → AGC → démodulateur → filtre audio → haut-parleur

Chaque bloc reçoit des échantillons, effectue son calcul puis transmet les résultats au suivant.

GNU Radio doit donc constamment décider quel bloc doit travailler, quand il doit travailler et quelles données doivent lui être fournies.

C’est le rôle du scheduler, ou ordonnanceur.

GNU4 scheduler

 

Le scheduler : le chef d’orchestre invisible

Dans GNU Radio 3.x, le moteur d’exécution repose historiquement sur un fonctionnement largement basé sur un thread par bloc. Cette solution a longtemps donné d’excellents résultats, mais elle n’est pas forcément optimale pour toutes les architectures modernes.

Imaginez maintenant un flowgraph contenant 40 ou 50 blocs.

Créer et coordonner autant de traitements peut finir par représenter une charge non négligeable, particulièrement lorsque certains blocs n’effectuent que des opérations très rapides.

GNU Radio 4 change profondément cette philosophie.

Le scheduler : le chef d’orchestre invisible

GNU Radio 3.x et GNU Radio 4 : le flowgraph peut rester similaire, mais le moteur d’exécution de GR4 adopte une architecture beaucoup plus modulaire et flexible.

Son architecture rend notamment les schedulers modulaires. Plusieurs blocs peuvent également être exécutés dans un même thread. Le tutoriel officiel GR4 montre par exemple que le scheduler fourni peut fonctionner en mode monothread ou selon une approche multithread.

Autrement dit, GNU Radio peut disposer d’une organisation du travail beaucoup mieux adaptée au système utilisé.

Pourquoi cela intéresse-t-il le radioamateur ?

Parce que nos SDR deviennent de plus en plus gourmands.

Recevoir quelques centaines de kilohertz avec un RTL-SDR ne représente pas la même charge que traiter simultanément plusieurs dizaines de mégahertz, plusieurs canaux ou différents démodulateurs.

Et nos ordinateurs ont eux aussi changé.

Nous disposons maintenant de processeurs multicœurs, mais aussi de GPU et d’autres accélérateurs matériels capables d’effectuer certains calculs DSP extrêmement rapidement.

L’architecture de GNU Radio 4 a justement été pensée pour mieux prendre en compte ces architectures hétérogènes. La séparation entre les blocs, les buffers et le runtime doit notamment faciliter le déplacement et le traitement des données avec différents accélérateurs.

On peut alors imaginer une chaîne dans laquelle :

SDR → CPU → GPU → traitement DSP → décodage

sans que chaque bloc doive nécessairement gérer lui-même toute la complexité du transfert des données.

C’est une évolution importante : le flowgraph reste notre représentation logique du récepteur, tandis que l’infrastructure située dessous peut devenir beaucoup plus sophistiquée.

Et ce n’est que le début

GNU Radio 4 a également été conçu avec les architectures distribuées en tête. Un flowgraph pourrait ainsi être réparti entre plusieurs ressources ou plusieurs machines, plutôt que d’être obligatoirement exécuté sur un seul ordinateur.

Principe d’un SDR distribué

Principe d’un SDR distribué : l’architecture de GNU Radio 4 est conçue pour permettre de répartir les traitements entre différentes ressources de calcul plutôt que de tout concentrer sur une seule machine.

Ajoutons à cela l’intégration de SoapySDR, destinée à faciliter l’utilisation de nombreuses familles de matériels SDR derrière une couche d’abstraction commune.

On commence alors à comprendre pourquoi GNU Radio 4 représente beaucoup plus qu’un changement de numéro de version.

Pour nous radioamateurs, l’écran pourra finalement sembler assez familier : toujours une source SDR, des filtres, des démodulateurs et des blocs reliés entre eux.

Mais sous le capot, le moteur aura profondément changé.

Un même SDR… mais plus facile à intégrer

Une autre évolution intéressante concerne la relation entre GNU Radio et le matériel.

Nos stations utilisent aujourd’hui des équipements très différents : RTL-SDR, HackRF, LimeSDR, PlutoSDR, SDRplay et bien d’autres. Chacun possède ses pilotes, ses particularités et ses paramètres.

GNU Radio 4 intègre SoapySDR, une couche d’abstraction permettant à GNU Radio de dialoguer avec de nombreuses familles de SDR à travers une interface plus homogène. L’objectif est de mieux séparer deux éléments :

le matériel qui fournit les échantillons I/Q
et
le flowgraph qui les traite.

Cette séparation facilite notamment le remplacement d’une source réelle par des données enregistrées ou simulées pendant la mise au point. C’est particulièrement intéressant lorsque l’on développe un décodeur ou que l’on veut reproduire exactement les mêmes conditions de test.

Attention cependant : SoapySDR existait déjà dans GNU Radio 3.10. La nouveauté de GR4 réside surtout dans son intégration à la nouvelle architecture et à son nouveau modèle d’exécution.

Et GNU Radio Companion ?

C’est probablement la question que beaucoup se poseront :

faudra-t-il programmer en C++ pour utiliser GNU Radio 4 ?

L’environnement graphique reste bien dans les préoccupations du projet. En mai 2026, l’équipe GNU Radio indiquait que GNU Radio Studio était le candidat actuel pour offrir une expérience comparable à GNU Radio Companion.

L’objectif reste donc de conserver ce qui fait une grande partie de l’intérêt de GNU Radio : construire graphiquement un système DSP en reliant des blocs.

Mais cette partie de l’écosystème GR4 est encore en évolution. GNU Radio travaille notamment sur les interfaces graphiques, la documentation, les exemples, le packaging et la simplification de l’installation.

Faut-il installer GNU Radio 4 maintenant ?

Pour expérimenter, certainement.

Pour remplacer immédiatement une installation GNU Radio 3 parfaitement fonctionnelle, probablement pas.

GNU Radio 4 a atteint le stade RC1 en mars 2026. Son architecture centrale est désormais considérée comme stable et les développeurs indiquent que les changements après RC1 devraient essentiellement compléter l’écosystème plutôt que bouleverser les API fondamentales.

Mais il reste encore un travail important : porter des blocs GNU Radio 3, compléter les interfaces matérielles, améliorer la documentation et développer les outils qui entoureront la version définitive.

Il faut donc considérer GR4 comme une technologie désormais suffisamment mature pour être expérimentée, mais dont l’écosystème n’a pas encore la richesse accumulée pendant des années par GNU Radio 3.

Ce qu’il faut retenir

La véritable révolution de GNU Radio 4 ne sera probablement pas immédiatement visible à l’écran.

Nous continuerons à raisonner avec une antenne, un SDR, des échantillons I/Q, des filtres, des démodulateurs et des décodeurs.

Ce qui change profondément se trouve sous le capot.

GNU Radio 4 apporte une architecture moderne et modulaire capable de mieux exploiter les processeurs multicœurs, les accélérateurs matériels et, à terme, les systèmes distribués. Le projet veut permettre à un même concept de traitement DSP de fonctionner depuis un système embarqué jusqu’à une architecture beaucoup plus puissante.

Pour nous radioamateurs, cela pourrait ouvrir la porte à des projets SDR plus ambitieux : récepteurs multicanaux, surveillance de larges portions de spectre, stations satellites automatisées, traitements numériques complexes ou applications associant SDR et intelligence artificielle.

GNU Radio 4 ne change donc pas seulement notre manière de construire un flowgraph.

Il prépare surtout la manière dont nos SDR pourront fonctionner demain.

Liens et ressources utiles

Pour suivre l’évolution de GNU Radio 4 et approfondir les notions abordées dans cet article, privilégiez les ressources officielles du projet :

  • GNU Radio – site officiel : actualités, annonces et évolution du projet.
    GNU Radio
  • GNU Radio 4 – Release Candidate 1 : présentation des nouveautés de GR4, de son architecture, de SoapySDR et des améliorations de performances.
    Découvrir GNU Radio 4 RC1
  • Documentation GNU Radio : guides, installation, tutoriels et documentation destinée aux utilisateurs comme aux développeurs.
    Documentation GNU Radio
  • GR4 – état du projet : informations sur la gouvernance, le développement et la route vers GNU Radio 4.0.
    GNU Radio 4 : Road to 4.0

Ces ressources permettront également de vérifier les évolutions de GR4 au fur et à mesure de sa stabilisation.

Nos 70 cm convoités par les satellites commerciaux : faut-il s’inquiéter ?

Nos 70cm convoités

La bande des 70 cm, de 430 à 440 MHz, est depuis longtemps un formidable terrain d’expérimentation pour les radioamateurs. Relais, liaisons locales, modes numériques, ATV, signaux faibles et surtout satellites : ces dix mégahertz sont loin d’être inutilisés.

Mais voilà que des satellites commerciaux commencent eux aussi à regarder du côté de nos fréquences. L’affaire AST SpaceMobile en est une illustration particulièrement intéressante. Faut-il craindre de voir progressivement les radioamateurs chassés de leurs 70 cm ?

À qui appartient vraiment la bande 430–440 MHz ?

Première précision : une fréquence radio n’« appartient » pas à ses utilisateurs.

Le spectre est organisé internationalement par l’UIT, puis décliné dans les réglementations nationales. La France appartient à la Région 1 de l’UIT, où 430–440 MHz constitue une bande importante pour le service amateur. La réglementation française est ensuite précisée par le Tableau national de répartition des bandes de fréquences (TNRBF) publié par l’ANFR.

À l’intérieur de cette bande, 435–438 MHz est également particulièrement importante pour le service amateur par satellite.

C’est précisément ce qui rend l’affaire actuelle intéressante : un satellite commercial n’est évidemment pas un satellite du service amateur.

À qui appartient vraiment la bande 430–440 MHz ?

AST SpaceMobile entre dans la bande

AST SpaceMobile développe une constellation de satellites en orbite basse destinée notamment à permettre des communications directes avec des téléphones mobiles.

Mais un satellite doit également communiquer avec ses stations de contrôle. Il faut transmettre sa télémétrie, connaître sa position et pouvoir lui envoyer des commandes : ce sont les fonctions TT&C — Telemetry, Tracking and Command.

AST a utilisé cinq fréquences situées en plein dans les 70 cm :

430,500 – 432,300 – 434,100 – 435,900 – 439,500 MHz.

Les satellites BlueBird utilisent des émissions GFSK d’environ 50 kHz de largeur. Le prototype BlueWalker 3 avait également émis sur 437,500 MHz.

L’affaire a pris une tout autre dimension lorsque l’entreprise a demandé que cette possibilité soit étendue à une constellation pouvant atteindre 248 satellites.

Pourquoi cela pose-t-il problème ?

On pourrait objecter qu’un satellite transmettant quelques données pendant quelques instants ne va pas bouleverser toute une bande de 10 MHz.

Mais une émission depuis l’espace possède une caractéristique redoutable : elle est visible sur une immense superficie.

Un émetteur terrestre de faible puissance sur 435 MHz ne porte généralement que sur une zone limitée. À plusieurs centaines de kilomètres d’altitude, le même principe devient très différent : des milliers de stations peuvent se trouver simultanément dans l’empreinte radio du satellite.

Or certaines activités radioamateurs recherchent des signaux extrêmement faibles.

Un opérateur suivant un CubeSat sur 435–438 MHz, une station travaillant en EME ou un amateur observant une portion de spectre avec un SDR peut recevoir un signal commercial considérablement plus puissant que le signal qu’il cherche à décoder.

Avec quelques satellites, le phénomène reste occasionnel. Avec des centaines de satellites, la question devient beaucoup plus sérieuse.

Pourquoi cela pose-t-il problème ?

Une mobilisation qui a porté ses fruits

L’ARRL, l’IARU, l’AMSAT et de nombreux radioamateurs se sont opposés à une utilisation généralisée de 430–440 MHz par la constellation. Plus de 2 500 contributions ont été adressées à la FCC.

Et cette mobilisation a eu un effet concret.

Le 21 avril 2026, la FCC a accordé une autorisation beaucoup plus restrictive que celle initialement envisagée. AST SpaceMobile peut utiliser les cinq canaux de 50 kHz pour ses 248 satellites uniquement pour des opérations TT&C d’urgence, lorsque les autres fréquences ne sont pas disponibles.

Chaque situation d’urgence est limitée à 24 heures et l’autorisation concerne des communications avec cinq stations terrestres déterminées, situées hors des États-Unis. Les administrations des pays concernés doivent en outre autoriser ces communications.

Autrement dit, AST SpaceMobile n’a pas obtenu un accès commercial permanent à nos 70 cm.

Alors, pourquoi rester vigilant ?

Parce que le véritable enjeu dépasse largement AST SpaceMobile.

L’IARU conteste notamment le recours à l’article 4.4 du Règlement des radiocommunications de l’UIT, qui permet sous certaines conditions d’autoriser une utilisation non conforme au tableau international d’attribution des fréquences, à condition de ne pas provoquer de brouillage préjudiciable.

Le problème est donc celui du précédent.

Aujourd’hui, cinq canaux utilisés exceptionnellement. Demain, d’autres constellations pourraient-elles réclamer des dispositions comparables ?

Avec la multiplication des satellites en orbite basse, les fréquences utilisables pour leurs communications deviennent une ressource extrêmement recherchée.

Faut-il donc s’inquiéter pour nos 70 cm ?

Pas de panique : personne ne vient actuellement supprimer la bande 430–440 MHz aux radioamateurs français.

Mais l’affaire AST SpaceMobile constitue un avertissement particulièrement instructif. Les fréquences radio sont une ressource limitée et les bandes dont disposent les radioamateurs peuvent susciter l’intérêt d’autres utilisateurs.

L’épisode montre également que les interventions de l’IARU, des associations nationales, de l’AMSAT et des radioamateurs peuvent réellement peser dans les décisions réglementaires.

Il existe enfin une excellente manière de défendre nos fréquences : les utiliser.

Une bande active, expérimentée, mesurée, documentée et techniquement utile est beaucoup plus facile à défendre qu’une portion de spectre silencieuse.

Liens et ressources utiles

  • ANFR — Tableau national de répartition des bandes de fréquences (TNRBF) : c’est la référence pour connaître les attributions françaises. La version consolidée du 26 mai 2026 est actuellement proposée par l’ANFR.
    Consulter le TNRBF sur le site de l’ANFR
  • ANFR — Tableau détaillé des fréquences : particulièrement intéressant pour vérifier 430–440 MHz. Il montre notamment les différentes attributions françaises et la présence du service amateur par satellite dans 435–438 MHz.
    Consulter le tableau des fréquences ANFR
  • IARU Région 1 — Position sur AST SpaceMobile : c’est probablement le document le plus pertinent pour votre article, car il expose directement les inquiétudes du monde radioamateur concernant l’utilisation de 430–440 MHz par la constellation.
    IARU Région 1 — AST SpaceMobile et 430–440 MHz
  • ARRL — Opposition à l’utilisation commerciale des 70 cm : l’ARRL détaille la demande d’AST SpaceMobile et les raisons techniques de son opposition.
    ARRL — Protecting the 70-centimeter amateur band
  • FCC — décision d’avril 2026 : c’est la source réglementaire américaine à consulter pour connaître précisément les limitations finalement imposées à AST SpaceMobile.
    FCC — décision DA 26-391

FreeDV RADE

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La voix numérique HF est-elle enfin prête à remplacer la SSB ?

Depuis plus d’un demi-siècle, la SSB (Single Side Band ou BLU) règne pratiquement sans partage sur les communications vocales HF radioamateurs. Économe en bande passante, relativement simple et surtout universelle, elle a remarquablement résisté aux évolutions technologiques.

La voix numérique existe pourtant depuis longtemps. FreeDV en est probablement l’exemple le plus connu dans le monde radioamateur. Mais jusqu’ici, ses avantages n’étaient pas toujours suffisamment décisifs pour convaincre l’opérateur SSB de changer ses habitudes.

Avec RADE (Radio Autoencoder), la situation pourrait évoluer. Cette technologie associe traitement numérique du signal et apprentissage automatique pour transmettre une voix de haute qualité dans seulement 1 500 Hz de bande RF, avec un fonctionnement annoncé jusqu’à environ −2 dB de SNR.

Alors, la voix numérique est-elle enfin prête à remplacer notre bonne vieille BLU ?

FreeDV : une voix numérique réellement ouverte

FreeDV est un ensemble de modes de transmission vocale numérique spécialement développé pour les radioamateurs. Sa particularité fondamentale est d’être open source, y compris pour les technologies servant au codage de la parole.

L’idée est également de pouvoir utiliser un transceiver SSB existant. Le logiciel FreeDV installé sur un ordinateur assure le traitement numérique tandis que le poste HF assure l’émission et la réception radio.

RADE est aujourd’hui le mode phare du projet. Il a officiellement intégré FreeDV avec la version 2.0.0 en juin 2025.

RADE : quand l’IA entre dans le modem HF

Dans une transmission numérique classique, plusieurs traitements se succèdent :

Voix → codec → correction d’erreurs → modem → émetteur HF

RADE adopte une approche différente.

Un autoencodeur neuronal apprend à représenter efficacement les caractéristiques essentielles de la parole afin de les transmettre à travers un canal radio.

L’encodeur travaille notamment à partir d’informations décrivant le spectre vocal, la hauteur de la voix et son caractère voisé. Il produit ensuite des symboles destinés à être transportés par une modulation OFDM.

Au récepteur, le réseau effectue l’opération inverse et reconstruit les informations nécessaires au synthétiseur vocal. L’ensemble a été entraîné en présence de bruit et de perturbations caractéristiques des liaisons HF, notamment les trajets multiples.

Autrement dit, RADE n’essaye pas simplement de protéger une suite de bits contre les erreurs : le système apprend comment transmettre intelligemment les informations nécessaires à la reconstruction de la voix.

Comparatif SSB classique et RADE FreeDV

8 kHz de voix dans seulement 1,5 kHz de HF

C’est probablement le chiffre qui surprendra le plus un radioamateur.

RADE V1 traite une parole possédant une bande audio de 8 kHz, alors que le signal radio n’occupe qu’environ 1 500 Hz.

Il ne faut évidemment pas confondre ces deux valeurs. Les 8 kHz concernent la bande audio de la parole traitée, tandis que les 1,5 kHz correspondent à la largeur du signal transmis sur la bande HF.

À titre de comparaison, une communication SSB radioamateur utilise généralement autour de 2,4 à 2,8 kHz.

RADE peut donc transmettre une voix étonnamment naturelle tout en occupant moins de spectre qu’une communication SSB traditionnelle.

Que se passe-t-il lorsque le signal devient faible ?

C’est justement là que les choses deviennent intéressantes.

En SSB, lorsque le rapport signal/bruit diminue, le bruit devient progressivement plus présent. La voix devient difficile à comprendre, mais l’opérateur expérimenté parvient parfois encore à extraire quelques mots du bruit.

Un système numérique se comporte différemment. La qualité peut rester très bonne jusqu’à proximité de sa limite de fonctionnement, puis se détériorer rapidement lorsque la synchronisation ou le décodage deviennent impossibles.

FreeDV annonce pour RADE un fonctionnement pouvant descendre autour de −2 dB de SNR. Des essais sur des canaux HF réels ont également montré des résultats compétitifs avec la SSB aussi bien avec des signaux forts que faibles.

Cela ne signifie évidemment pas que RADE sera systématiquement supérieur : fading, brouillages, sélectivité du canal et conditions de propagation restent déterminants.

Que se passe-t-il lorsque le signal devient faible ?

Peut-on essayer RADE avec notre station actuelle ?

Dans beaucoup de cas, oui.

Une station peut être représentée très simplement :

Micro → ordinateur avec FreeDV → interface audio/USB → transceiver SSB → antenne

À la réception, le trajet est naturellement inversé.

FreeDV fonctionne sous Windows, macOS et Linux. Un ordinateur moderne convient et RADE peut même fonctionner sur un Raspberry Pi 4 ou supérieur. En revanche, ses besoins en calcul et en mémoire sont trop importants pour de petits microcontrôleurs comme les ESP32 ou STM32 et pour certains matériels FreeDV plus anciens.

Un point mérite également l’attention : comme pour beaucoup de modes numériques, il ne faut pas surmoduler l’émetteur. FreeDV recommande de régler le niveau TX de manière à seulement commencer à solliciter l’ALC.

Peut-on essayer RADE avec notre station actuelle ?

RADE contre SSB : le match

Critère SSB RADE V1
Bande RF ≈ 2,4–2,8 kHz ≈ 1,5 kHz
Qualité vocale Bonne Très bonne
Signaux faibles Dégradation progressive Très bonne jusqu’à proximité du seuil
Ordinateur Non Oui
Compatibilité Universelle Encore limitée
Technologie ouverte Oui Oui, open source
Mise en œuvre Très simple Plus complexe

RADE possède donc de sérieux arguments techniques. Mais la SSB conserve un avantage colossal : elle est universelle.

Alors, RADE va-t-il remplacer la SSB ?

Techniquement, RADE commence sérieusement à pouvoir rivaliser avec elle. Le projet FreeDV considère même avoir atteint avec RADE V1 ses objectifs de qualité supérieure à la SSB à fort comme à faible SNR.

Mais une technologie radio ne s’impose pas uniquement parce qu’elle est meilleure.

Pour réaliser un QSO RADE, il faut qu’un correspondant utilise lui aussi FreeDV. En SSB, il suffit de tourner le VFO et d’appuyer sur le PTT.

Le véritable défi sera donc probablement moins technique que communautaire : RADE parviendra-t-il à atteindre une masse critique d’utilisateurs ?

L’histoire de la radio nous rappelle que l’AM semblait autrefois indétrônable avant que la SSB ne s’impose progressivement.

Peut-être assistons-nous aujourd’hui aux premiers pas d’une transition comparable.

Après avoir remplacé l’AM par la SSB, les radioamateurs remplaceront-ils un jour la SSB par une voix numérique entièrement open source ?

Pour aller plus loin

Vous souhaitez expérimenter FreeDV RADE ou simplement mieux comprendre son fonctionnement ? Voici quelques ressources de référence :

  • FreeDV – site officiel : présentation du projet, actualités et documentation. freedv.org
  • RADE – Radio Autoencoder : documentation technique, présentation du mode, code source et ressources destinées aux radioamateurs. Documentation RADE
  • Installer FreeDV : téléchargement de FreeDV GUI pour Windows, macOS et Linux. Télécharger FreeDV
  • Premiers pas avec FreeDV : configuration audio, CAT/PTT, réglages d’émission et conseils pratiques. Guide de démarrage FreeDV
  • Publication scientifique RADE : l’article de David Rowe et Jean-Marc Valin décrit en détail l’autoencodeur neuronal et son fonctionnement sur les canaux HF. Lire la publication RADE

De quoi passer rapidement de la théorie aux premiers essais RADE sur les bandes HF !