Bienvenue sur le Site du Radio-Club F5KEE de Viry-Châtillon (91 – Essonne)!

Chers(es) visiteurs(ses) et passionnés(es) de radio et de sciences,

Le Radio-Club F5KEE vous accueille à la Maison des Associations de Viry-Châtillon, au cœur de l’Essonne. Dans ce lieu ouvert et convivial, nous réunissons toutes celles et ceux qui partagent la curiosité des sciences, des techniques et des communications sans fil.

Le radioamateurisme, c’est bien plus qu’un simple hobby :
c’est une passion universelle, où l’on apprend à dialoguer avec le monde entier, à construire ses propres antennes et équipements, à explorer la propagation des ondes, mais aussi à découvrir les technologies numériques et les satellites.

À qui s’adresse le radio-club ?

Le F5KEE s’adresse à tous les publics :

  • les curieux qui veulent découvrir ce qu’est la radio et comment on peut communiquer sans Internet,

  • les jeunes et étudiants attirés par la technique, l’électronique ou l’aéronautique,

  • les futurs radioamateurs qui souhaitent préparer la licence,

  • les opérateurs confirmés qui veulent partager leurs expériences, expérimenter ou participer à des contests,

  • et plus largement, toute personne désireuse d’apprendre, de pratiquer et d’échanger dans un cadre associatif.

Que fait-on au F5KEE ?

Nos activités sont variées et adaptées à tous les niveaux :

  • Découverte et formation : initiation aux bases de la radio, aide à la préparation de la licence radioamateur ( voir : nos formations )

  • Pratique du trafic : contacts en phonie, en CW (morse), en modes numériques (FT8, …), via satellites ou encore à travers le monde en HF.

  • Expérimentations techniques : réalisation et essais d’antennes, utilisation du SDR, projets autour de l’Arduino ou d’interfaces numériques.

  • Activités collectives : organisation de démonstrations publiques, projets éducatifs en lien avec les écoles ou évènements internationaux (ARISS, QO-100, etc.).

  • Vie de club : échanges, entraide, convivialité et partage de connaissances dans une ambiance amicale.

Pourquoi nous rejoindre ?

Adhérer au Radio-Club F5KEE, c’est rejoindre une communauté dynamique et passionnée, c’est apprendre en pratiquant, c’est aussi trouver un lieu où la curiosité technique et la convivialité se conjuguent au quotidien.

C’est également l’occasion d’acquérir des bases solides en électricité et en électronique, compétences précieuses pour comprendre le fonctionnement des équipements mais aussi pour, pourquoi pas, préparer un futur métier dans les domaines techniques, scientifiques ou industriels.

Que vous soyez simple curieux, débutant ou opérateur chevronné, poussez la porte de la Maison des Associations de Viry-Châtillon : F5KEE vous accueille et vous invite à découvrir le monde fascinant du radioamateurisme.

L’équipe du Radio-Club F5KEE de Viry-Châtillon

Quand le RTTY apprit à vérifier ses messages ! (AMTOR)

Quand le RTTY devient fiable

Le RTTY avait accompli quelque chose de formidable : grâce à lui, les machines pouvaient écrire automatiquement les messages reçus par radio.

Mais elles avaient un sérieux défaut.

Elles étaient très obéissantes… peut-être même un peu trop !

Lorsqu’un parasite transformait un caractère, le téléimprimeur l’imprimait sans discuter. Si la propagation se dégradait, une belle phrase pouvait rapidement devenir une succession de lettres incompréhensibles.

Le RTTY savait transmettre.

Il savait recevoir.

Mais il ne savait pas vraiment vérifier.

À la fin des années 1970, un nouveau système allait changer cela. Pour la première fois, la machine pourrait constater qu’un caractère était probablement faux et, dans certains cas, demander : « Je n’ai pas compris… répète ! »

Son nom était AMTOR — AMateur Teleprinting Over Radio.

Le gros défaut du RTTY : il imprime même les erreurs

Imaginons que nous voulions transmettre :

BONJOUR PIERRE

En RTTY traditionnel, chaque caractère traverse la liaison radio et le téléimprimeur imprime ce qu’il reçoit.

Mais la HF n’est pas un câble.

Fading, parasites atmosphériques, QRM ou simple baisse momentanée du signal peuvent modifier les informations reçues.

Notre message peut alors devenir : BONJXUR PIER?E

Pour un QSO entre radioamateurs, le cerveau du lecteur peut souvent deviner ce qui manque.

Mais pour transmettre des informations importantes, des bulletins ou des données techniques, cette absence de contrôle devient problématique.

Il faudrait pouvoir répondre à une question simple : « Ce caractère reçu est-il possible ? »

C’est précisément l’une des idées qui vont conduire à AMTOR.

Avant AMTOR, il y eut SITOR

Comme souvent dans l’histoire des radiocommunications, les radioamateurs ne partent pas totalement de zéro.

Le monde maritime rencontre depuis longtemps le même problème.

Un navire situé à plusieurs milliers de kilomètres doit pouvoir échanger des messages télex avec une station côtière malgré une propagation HF parfois capricieuse.

Pour améliorer la fiabilité de ces communications apparaît notamment SITOR — Simplex Telex Over Radio.

Le système utilise des mécanismes permettant de détecter certaines erreurs et, selon le mode employé, de répéter automatiquement les informations mal reçues.

L’idée est excellente.

Mais le matériel professionnel maritime n’est pas vraiment destiné au shack du radioamateur moyen.

Il reste donc à adapter le principe.

1978 : Peter Martinez G3PLX entre en scène

Nous retrouvons ici un nom déjà rencontré dans notre histoire du PSK31 : Peter Martinez G3PLX.

Mais nous remontons cette fois vingt ans plus tôt.

À la fin des années 1970, Martinez expérimente avec un micro-ordinateur utilisant notamment un microprocesseur Motorola 6800.

Il s’intéresse aux techniques SITOR et comprend qu’elles pourraient résoudre une bonne partie des problèmes rencontrés par le RTTY amateur sur HF.

Il développe alors une adaptation destinée aux radioamateurs : AMTOR — AMateur Teleprinting Over Radio.

En septembre 1978, Peter Martinez G3PLX et David Wicks G3YYD réalisent l’un des premiers QSO expérimentaux AMTOR, sur la bande des 2 mètres.

Une nouvelle étape vient d’être franchie.

Le téléimprimeur ne va plus seulement recevoir.

Il va commencer à contrôler ce qu’il reçoit.

Du code à 5 bits au code à 7 bits

Le RTTY traditionnel utilise essentiellement l’alphabet télégraphique ITA2 à cinq éléments.

AMTOR utilise une autre approche avec des mots de code de : 7 bits.

Mais la véritable astuce n’est pas simplement d’avoir ajouté deux bits.

Dans chaque combinaison AMTOR valide, le nombre de bits dans chacun des deux états est fixé : 4 dans un état et 3 dans l’autre.

On parle donc souvent d’un code à rapport constant : 4/3.

Et cela permet une vérification extrêmement simple.

Comment détecter une erreur sans connaître le message ?

Prenons un caractère AMTOR correctement reçu.

Le décodeur compte les bits : 4 + 3 → combinaison possible.

Tout va bien.

Mais imaginons qu’un parasite modifie un élément.

Le récepteur obtient : 5 + 2.

Cette combinaison ne respecte plus la règle.

Le décodeur peut donc conclure : « Ce caractère est invalide. »

Il ne sait pas nécessairement quel caractère aurait dû être reçu.

Mais il sait que celui qu’il vient de recevoir ne peut pas être correct.

Voilà une énorme différence avec le RTTY classique.

Attention cependant : ce système n’est pas magique.

Si plusieurs erreurs transforment accidentellement une combinaison valide en une autre combinaison également valide, elles peuvent passer inaperçues.

AMTOR n’invente donc pas une transmission parfaitement « sans erreur ».

Il donne surtout à la machine des moyens efficaces pour détecter beaucoup d’entre elles.

RTTY contre AMTOR : réception radio fiable

Contrairement au RTTY, AMTOR détecte les erreurs et peut demander automatiquement la répétition des données mal reçues.

AMTOR accélère le rythme

Le RTTY amateur traditionnel fonctionne couramment autour de : 45,45 bauds.

AMTOR utilise une vitesse de : 100 bauds.

Le signal conserve toutefois un air de famille avec le radiotélétype puisqu’il utilise couramment une modulation FSK avec un shift de : 170 Hz.

À l’oreille, nous restons donc dans l’univers des modes télégraphiques à déplacement de fréquence.

Mais derrière ces tonalités se cache désormais un protocole beaucoup plus intelligent.

Deux solutions : ARQ et FEC

Détecter une erreur est une chose.

Mais que faire lorsque nous en trouvons une ?

Tout dépend de la situation.

AMTOR propose principalement deux philosophies : Mode A : ARQ et Mode B : FEC.

La première permet aux deux stations de dialoguer automatiquement.

La seconde permet à une station de diffuser des informations sans demander aux destinataires de répondre.

Ces deux méthodes vont devenir l’une des caractéristiques fondamentales d’AMTOR.

AMTOR : deux modes, deux usages

AMTOR utilise l’ARQ pour les liaisons point à point et le FEC pour diffuser un message à plusieurs stations.

Mode A : « Reçu ! » ou « Recommence ! »

ARQ signifie : Automatic Repeat reQuest.

Le principe est remarquablement moderne.

La station émettrice envoie les informations par petits groupes, typiquement des blocs de trois caractères.

La station réceptrice examine ce qu’elle vient de recevoir.

Si tout semble correct, elle répond en substance : « Reçu, continue ! »

L’émetteur envoie alors le bloc suivant.

Mais si une erreur est détectée, le récepteur demande la répétition.

Imaginons :

ABC →

← OK

DEF →

← OK

Puis : G?I →

La station réceptrice constate qu’un caractère est invalide.

Elle répond : ← RÉPÈTE

L’émetteur renvoie alors : GHI →

Cette fois : ← OK

Puis la communication continue.

Nous sommes très loin du téléimprimeur qui imprimait docilement n’importe quel caractère.

Les deux machines dialoguent désormais entre elles.

Quand les transceivers se répondent

Ce fonctionnement impose cependant une contrainte.

Après avoir transmis son petit bloc de données, la première station doit rapidement passer en réception.

La seconde doit, elle, passer en émission pour envoyer sa réponse.

Puis les rôles s’inversent de nouveau.

Nous obtenons donc en permanence : TX → RX → TX → RX → TX…

Le transceiver doit être capable de commuter rapidement entre émission et réception.

Cela paraît banal avec nos équipements modernes.

À l’époque, ce n’est pas toujours le cas.

Relais mécaniques, temps de commutation et circuits de commande peuvent compliquer sérieusement l’installation.

AMTOR ne demande donc pas seulement davantage d’intelligence informatique.

Il demande également une station radio suffisamment rapide pour suivre la conversation des machines.

Mode B : quand personne ne peut répondre

L’ARQ fonctionne parfaitement entre deux stations.

Mais imaginons maintenant que F5KEE souhaite transmettre un bulletin à cinquante radioamateurs.

La station envoie trois caractères.

Et cinquante stations répondent simultanément : « REÇU ! »

Évidemment, cela ne peut pas fonctionner.

Pour la diffusion, AMTOR utilise donc une autre technique : FEC — Forward Error Correction.

Dans ce mode, le destinataire ne demande pas de retransmission.

L’émetteur introduit directement de la redondance dans son émission, notamment en transmettant les caractères deux fois, séparés dans le flux.

Le récepteur dispose ainsi de plusieurs occasions de récupérer correctement l’information.

La combinaison du code 4/3 et de cette répétition améliore sensiblement la copie lorsque la liaison est perturbée.

Et surtout : aucune station réceptrice n’a besoin de répondre.

Le FEC convient donc particulièrement aux : bulletins, appels CQ, informations générales et transmissions destinées à plusieurs stations.

ARQ ou FEC ?

La différence peut finalement se résumer très simplement.

ARQ : une station parle à une autre.

Le récepteur contrôle.

S’il détecte une erreur, il demande une nouvelle transmission.

FEC : une station parle à tout le monde.

Elle ajoute suffisamment de redondance pour augmenter les chances que chacun reconstruise correctement le message.

Il n’existe pas de voie de retour.

L’un privilégie la fiabilité d’une liaison entre deux stations.

L’autre permet la diffusion.

Le microprocesseur entre dans le shack

AMTOR marque également une étape importante dans l’histoire des modes numériques radioamateurs.

Le RTTY pouvait fonctionner avec beaucoup de mécanique et d’électronique analogique.

Avec AMTOR, cela devient beaucoup plus compliqué.

Il faut désormais : mémoriser des caractères, vérifier les codes, gérer des temporisations précises, commander émission et réception, analyser les réponses, répéter certains blocs.

Le microprocesseur devient parfaitement adapté à cette tâche.

Le téléimprimeur commence donc doucement à céder une partie de son travail à l’informatique.

Nous assistons à une transition importante.

La radio ne transporte plus seulement des caractères.

Elle commence à transporter des données selon un véritable protocole.

Juin 1981 : AMTOR arrive dans QST

Une date importante pour la diffusion internationale du système est : juin 1981.

Peter Martinez publie alors dans QST un article consacré à son système sous un titre particulièrement ambitieux : « Amtor, an Improved Error-Free RTTY System »

Autrement dit, un système RTTY amélioré et « sans erreur ».

L’expression est évidemment à prendre avec prudence, mais elle traduit parfaitement l’objectif.

Après plusieurs décennies de RTTY, le radioamateur ne veut plus simplement recevoir quelque chose.

Il veut avoir de bonnes raisons de croire que ce qu’il reçoit est correct.

Années 1980 : AMTOR gagne les shacks

Au début, pratiquer AMTOR reste une activité d’expérimentateur.

Mais comme souvent en radioamateurisme, les solutions commerciales apparaissent rapidement.

Durant les années 1980, différents constructeurs proposent des contrôleurs capables de gérer plusieurs modes numériques.

Une seule boîte peut progressivement prendre en charge : RTTY, AMTOR, CW, puis parfois Packet Radio et d’autres modes.

Le clavier et l’écran informatique remplacent progressivement les énormes téléimprimeurs électromécaniques.

Le shack numérique moderne commence à prendre forme.

AMTOR et Packet : deux chemins différents

AMTOR se développe au moment où une autre révolution commence : le Packet Radio.

Les deux technologies peuvent sembler proches.

Pourtant, leur philosophie diffère.

AMTOR reste fondamentalement lié au monde du téléimprimeur.

Son objectif principal est : transmettre du texte de manière plus fiable.

Le Packet Radio adopte davantage la logique des réseaux informatiques.

Il échange des paquets de données structurés, avec adressage et protocoles permettant progressivement de créer de véritables réseaux.

On pourrait résumer ainsi :

AMTOR = le téléimprimeur devient intelligent.

Packet = l’ordinateur commence à faire du réseau par radio.

Deux chemins différents, mais qui annoncent tous deux la révolution numérique du shack.

Années 1990 : les successeurs arrivent

La technologie ne s’arrête évidemment pas.

Les microprocesseurs deviennent plus puissants.

Les ordinateurs envahissent les stations.

Les techniques de modulation et de correction d’erreurs progressent rapidement.

De nouveaux systèmes apparaissent.

Parmi eux : PACTOR, qui reprend notamment l’idée d’une liaison fiable avec retransmissions ; puis différentes familles de modes numériques utilisant des traitements beaucoup plus sophistiqués.

À la fin des années 1990 arrive également le PSK31, conçu par ce même Peter Martinez G3PLX.

Mais cette fois, l’objectif est différent.

PSK31 cherche surtout à offrir une conversation clavier-à-clavier dans une largeur de bande minuscule.

Deux décennies séparent AMTOR et PSK31.

Et derrière les deux… nous retrouvons le même radioamateur.

Du RTTY aux modes numériques modernes

Du RTTY aux modes numériques modernes, AMTOR marque une étape majeure : la radio commence à détecter et corriger ses erreurs.

2009 : un symbole de la fin d’une époque

AMTOR reste utilisable, mais son activité diminue progressivement.

Les modes numériques modernes offrent davantage de possibilités et les logiciels utilisant directement la carte son de l’ordinateur rendent les anciens contrôleurs spécialisés moins indispensables.

En 2009, l’ARRL met fin à ses bulletins diffusés en AMTOR et privilégie notamment des modes plus récents.

Cette décision ne signifie évidemment pas qu’AMTOR cesse soudainement d’exister.

Elle marque plutôt symboliquement la fin d’une époque.

Le mode qui avait appris au RTTY à vérifier ses messages avait désormais transmis son héritage à ses successeurs.

AMTOR était-il déjà un protocole informatique ?

Regardons ce que faisait AMTOR à la fin des années 1970.

Il savait : détecter des erreurs, envoyer des accusés de réception, demander une retransmission, mémoriser des blocs, gérer une synchronisation, commuter automatiquement entre émission et réception, et diffuser des données avec redondance.

Tout cela nous semble aujourd’hui parfaitement familier.

Lorsque notre ordinateur échange des données sur un réseau, des mécanismes beaucoup plus sophistiqués appliquent des principes comparables : contrôle, accusés de réception, correction ou retransmission.

AMTOR appartient encore au monde du radiotélétype.

Mais quelque chose vient de changer.

La machine ne se contente plus d’obéir au signal reçu.

Elle commence à prendre des décisions.

Quelques dates à retenir

Années 1970 — Les systèmes professionnels SITOR montrent l’intérêt du contrôle d’erreurs pour les communications radiotélégraphiques.

Septembre 1978 — Peter Martinez G3PLX et David Wicks G3YYD réalisent un des premiers QSO expérimentaux AMTOR.

Fin des années 1970 — AMTOR adapte les principes de SITOR aux besoins des radioamateurs.

Juin 1981 — Peter Martinez présente largement AMTOR dans QST.

Années 1980 — Le mode se développe et apparaît dans différents contrôleurs multimodes.

Années 1980-1990 — AMTOR côtoie le RTTY et le Packet Radio dans les shacks numériques.

Années 1990 — Des systèmes plus modernes, notamment PACTOR, prennent progressivement le relais.

1998 — Peter Martinez G3PLX marque une nouvelle fois l’histoire des modes numériques avec le PSK31.

2009 — L’arrêt des bulletins AMTOR de l’ARRL symbolise le recul du mode au profit de technologies plus récentes.

Le RTTY avait appris à vérifier ses messages

Revenons une dernière fois à notre vieux téléimprimeur.

En RTTY, il recevait : BONJXUR et imprimait : BONJXUR.

Avec AMTOR, la machine pouvait désormais examiner les caractères et constater : « Quelque chose ne va pas. »

Et en ARQ, elle pouvait même répondre : « Répète ! »

Cela peut sembler bien modeste face aux systèmes numériques actuels.

Pourtant, cette petite conversation automatique entre deux stations marque une évolution fondamentale.

La radio ne transporte plus simplement des caractères.

Les machines commencent à discuter entre elles pour s’assurer que le message est bien arrivé.

Le RTTY venait d’apprendre à vérifier ses messages.

Meshtastic, Winlink ou AREDN : quel réseau survivrait le mieux à une panne générale ?

Réseaux radio face à la panne générale

Imaginez : il est 18 heures et, brutalement, tout s’éteint.

Plus d’électricité. La box Internet ne répond évidemment plus. Le réseau mobile fonctionne encore quelques minutes ou quelques heures grâce aux alimentations de secours de certaines installations, puis devient progressivement difficile ou impossible à utiliser.

Notre smartphone possède encore 70 % de batterie… mais il ne sert presque plus à rien pour communiquer.

Pour un radioamateur, la question devient alors particulièrement intéressante : comment continuer à transmettre des informations lorsqu’Internet et les réseaux téléphoniques ne sont plus disponibles ?

Trois technologies reviennent régulièrement dans les discussions : Meshtastic, Winlink et AREDN.

Toutes utilisent la radio, toutes peuvent fonctionner sans connexion Internet, mais elles sont tellement différentes qu’il serait trompeur de simplement chercher laquelle est « la meilleure ».

Nous allons donc provoquer virtuellement une panne générale et regarder ce qu’il reste après quelques heures, puis quelques jours.

Réseaux radio face à la panne générale

Quand Internet et le réseau mobile disparaissent, Meshtastic, AREDN et Winlink peuvent maintenir des communications radio indépendantes.

1 — Trois réseaux, trois philosophies

Avant de couper le courant, présentons nos trois candidats.

Meshtastic transforme de petits modules radio LoRa en un réseau maillé autonome. Un message peut être transmis directement entre deux appareils ou relayé par d’autres nœuds. Le projet est open source, décentralisé et conçu pour fonctionner sans antenne cellulaire ni Internet.

Winlink est essentiellement un système de messagerie électronique utilisant la radio. Il permet à une station radioamateur d’envoyer et de recevoir des messages par HF, VHF ou UHF. Plusieurs modes sont disponibles, notamment VARA HF, VARA FM, Packet AX.25, ARDOP ou PACTOR selon l’installation.

Enfin, AREDN, pour Amateur Radio Emergency Data Network, construit quelque chose qui ressemble davantage à un véritable réseau informatique radio. Plusieurs nœuds établissent des liaisons IP entre eux et peuvent transporter différents services informatiques.

Autrement dit :

Meshtastic transporte surtout de petits messages.

Winlink transporte principalement du courrier électronique.

AREDN transporte du réseau IP.

La comparaison devient déjà beaucoup plus intéressante.

2 — 18 h 05 : Internet vient de disparaître

Notre première panne vient de se produire.

Meshtastic ne s’en aperçoit pratiquement pas.

Le smartphone communique par Bluetooth avec un petit terminal LoRa. Celui-ci transmet directement vers un autre nœud Meshtastic ou utilise des nœuds intermédiaires.

Nous pouvons donc avoir : Téléphone → nœud A → nœud B → nœud C → destinataire

Réseau Meshtastic au cœur des montagnes

Meshtastic utilise LoRa pour transmettre messages et positions de nœud en nœud, sans Internet ni réseau mobile.

Aucun opérateur téléphonique n’intervient dans cette communication.

La technologie LoRa permet des liaisons de plusieurs kilomètres dans de bonnes conditions, mais il faut immédiatement oublier une idée reçue : un petit boîtier posé sur une table ne couvrira pas miraculeusement une région entière.

En radio, la hauteur, le dégagement et l’antenne restent déterminants.

Un petit nœud installé sur un point haut pourra être beaucoup plus utile que plusieurs appareils enfermés dans des habitations.

En Europe, Meshtastic prend notamment en charge la bande 868 MHz. Sa documentation indique pour son profil européen 868 MHz une plage de 869,40 à 869,65 MHz, jusqu’à +27 dBm ERP et un duty cycle de 10 % pour la configuration concernée.

Mais LoRa paie sa remarquable portée par un débit extrêmement faible.

Meshtastic sera excellent pour transmettre : « Tout va bien. » « Besoin d’aide au point X. » « Rendez-vous à 10 heures. » ou une position GPS.

Il ne faudra évidemment pas lui demander de transporter une vidéo !

3 — 19 h : le réseau mobile commence à souffrir

Nous devons maintenant envoyer une information à quelqu’un situé à 300 kilomètres.

Meshtastic pourrait théoriquement relayer un message à travers plusieurs nœuds, mais il faudrait qu’un réseau suffisamment dense existe entre le départ et l’arrivée.

C’est ici que Winlink change complètement la donne.

Avec une station HF, nous pouvons avoir : Ordinateur → transceiver HF → propagation ionosphérique → station Winlink distante

La distance n’est alors plus nécessairement de quelques kilomètres.

Elle peut devenir de plusieurs centaines, voire de milliers de kilomètres lorsque les conditions de propagation le permettent.

Et surtout, Winlink sait transporter de véritables messages électroniques.

On peut rédiger tranquillement son message sur l’ordinateur, établir la liaison radio, transférer le courrier puis libérer la fréquence.

Winlink prend notamment en charge les pièces jointes, les informations de position, certains bulletins et formulaires.

4 — Mais Winlink utilise Internet !

Oui… souvent.

Dans son fonctionnement habituel, une station radio se connecte à une passerelle RMS (Radio Message Server), laquelle utilise ensuite Internet pour rejoindre l’infrastructure Winlink.

On pourrait donc penser : Internet tombe = Winlink tombe.

Ce serait oublier une partie particulièrement intéressante du système.

Winlink possède des possibilités de fonctionnement Peer-to-Peer ainsi qu’un Hybrid Network permettant un acheminement utilisant la radio lorsque les connexions Internet nécessaires ne sont plus disponibles. La documentation Winlink présente explicitement des modes de fonctionnement avec ou sans Internet.

La messagerie radio sans Internet

Winlink permet d’acheminer des messages par radio, notamment en HF, même lorsque l’accès à Internet devient indisponible.

Dans le réseau hybride, certaines passerelles RMS peuvent transférer les messages vers d’autres passerelles par HF.

Nous obtenons alors quelque chose comme : Utilisateur → HF → RMS → HF → RMS → utilisateur sans dépendre nécessairement d’Internet pour toute la chaîne.

Le réseau hybride a justement été conçu pour permettre un transfert de messages entièrement radio lorsque l’infrastructure Internet devient indisponible.

C’est une différence fondamentale lorsqu’on parle de communications de secours.

5 — 6 heures après la panne : nous voulons davantage qu’un message

Supposons maintenant qu’une association ou un radio-club installe un centre de coordination.

Nous voudrions connecter plusieurs ordinateurs, transférer des documents, installer une messagerie locale, éventuellement utiliser des téléphones IP ou consulter un serveur Web interne.

Meshtastic n’est pas conçu pour cela.

Winlink non plus.

C’est exactement le domaine dans lequel AREDN devient intéressant.

Un réseau AREDN est beaucoup plus proche d’un réseau informatique classique.

Imaginons trois sites : Radio-club ⇄ château d’eau ⇄ mairie

Réseau AREDN dans la campagne française

AREDN crée un véritable réseau IP maillé par radio, capable de transporter messagerie, fichiers, VoIP et autres services sans dépendre d’Internet.

Chaque site possède un nœud radio AREDN.

Derrière ces nœuds, nous pouvons installer des ordinateurs, des serveurs et différents équipements IP.

Le réseau peut alors transporter les services informatiques disponibles sur cette infrastructure.

Nous venons pratiquement de reconstruire un petit Internet privé… mais par radio.

6 — Le formidable avantage d’AREDN est aussi son principal défaut

Avec des liaisons radio adaptées, AREDN peut offrir des débits sans commune mesure avec Meshtastic ou une liaison Winlink HF.

Cela ouvre la porte au transfert de fichiers, à la téléphonie IP, à des pages Web locales, à des caméras ou à différents services réseau.

Mais il y a une condition.

Le réseau doit exister !

Deux petites cartes LoRa Meshtastic peuvent être sorties d’un tiroir, alimentées et utilisées presque immédiatement.

Une station HF peut contacter une autre station située à plusieurs centaines de kilomètres sans installer de relais tous les 20 kilomètres.

AREDN demande généralement davantage de préparation.

Il faut des nœuds correctement placés, des antennes, des alimentations et surtout des liaisons radio convenables entre les différents points.

Un réseau AREDN préparé avant la catastrophe peut devenir une remarquable infrastructure locale.

Vouloir le construire après la catastrophe sera beaucoup plus compliqué.

7 — 24 heures : le véritable ennemi apparaît

Nous avions presque oublié quelque chose.

Il n’y a toujours pas d’électricité !

Et c’est peut-être ici que Meshtastic possède son avantage le plus spectaculaire.

Un petit module LoRa consomme relativement peu d’énergie. Une batterie et un petit panneau solaire peuvent donc permettre de construire un nœud autonome pendant une longue période.

Winlink HF joue dans une autre catégorie.

Il faut généralement :

  • un transceiver ;
  • un ordinateur ou un système de contrôle ;
  • une interface éventuelle ;
  • une alimentation ;
  • et surtout de l’énergie pendant l’émission.

Un émetteur HF de 50 ou 100 W réclame évidemment beaucoup plus à une batterie qu’un petit module LoRa.

AREDN se situe quelque part entre les deux. Un nœud réseau ne consomme pas nécessairement énormément, mais un réseau complet comprend plusieurs équipements qu’il faudra tous maintenir en fonctionnement.

Une panne de 30 minutes n’est donc pas très intéressante pour notre comparaison.

Une panne de 72 heures, en revanche, change complètement la situation.

8 — 5 km, 50 km ou 500 km ?

Essayons maintenant trois distances.

À 5 kilomètres

Pour envoyer quelques messages entre plusieurs personnes, Meshtastic peut parfaitement convenir si le relief et le placement des nœuds permettent les liaisons.

Pour connecter deux bâtiments avec un véritable réseau informatique, AREDN devient beaucoup plus intéressant.

Winlink serait ici souvent disproportionné si le seul besoin était d’envoyer « Tout va bien » au quartier voisin.

À 50 kilomètres

Tout dépend maintenant du relief.

Meshtastic peut profiter de relais bien placés sur des points hauts.

AREDN peut établir d’excellentes liaisons entre sites correctement dégagés avec des antennes adaptées.

Mais sans infrastructure intermédiaire, les deux solutions deviennent plus difficiles.

À 500 kilomètres

La HF change complètement les règles du jeu.

Une station Winlink HF correctement équipée peut profiter de la propagation ionosphérique pour établir une liaison à grande distance sans avoir à construire une chaîne de relais entre les deux points.

C’est l’un des grands avantages historiques de la radio HF : la distance ne nécessite pas forcément une infrastructure intermédiaire terrestre.

9 — Et si un relais tombe ?

C’est ici qu’intervient la notion de résilience.

Imaginons : A → B → C → D

Si C disparaît, la communication est interrompue… sauf si un autre chemin existe.

Un réseau maillé prend tout son intérêt lorsque plusieurs routes radio sont possibles.

Mais attention au mot « mesh ».

Un réseau maillé ne crée pas magiquement des chemins qui n’existent pas physiquement.

Si un village dépend d’un unique nœud installé sur une colline et que celui-ci tombe en panne, aucun algorithme ne pourra inventer une liaison radio impossible.

La véritable résilience nécessite donc de la redondance : plusieurs nœuds, plusieurs chemins, plusieurs alimentations et, idéalement, plusieurs technologies.

10 — 72 heures : lequel fonctionne encore ?

C’est la mauvaise question !

Après trois jours sans électricité ni Internet, chaque système conserve des qualités différentes.

Meshtastic est remarquablement adapté aux communications courtes, locales et économes en énergie.

Winlink HF apporte la capacité de franchir de grandes distances et d’échanger des messages structurés sans nécessiter une succession de relais locaux. Son réseau hybride ajoute une possibilité d’acheminement radio lorsque Internet disparaît.

AREDN peut offrir de loin les services informatiques les plus riches, mais son efficacité dépend fortement d’une infrastructure radio préparée, correctement implantée et secourue électriquement.

Finalement, nous comparions trois choses qui ne font pas le même métier.

11 — Et si nous utilisions les trois ?

Voilà peut-être l’expérience la plus intéressante.

Imaginons un réseau départemental préparé à l’avance.

Dans les quartiers et les villages, de petits nœuds Meshtastic alimentés par batterie ou solaire transmettent messages courts et positions.

Certains radioamateurs servent de points de communication.

Les sites importants sont reliés par AREDN, constituant une dorsale IP indépendante permettant aux équipes d’utiliser messagerie locale, fichiers, serveurs et téléphonie IP.

Enfin, quelques stations possèdent une installation Winlink HF capable d’envoyer les informations importantes beaucoup plus loin.

Nous obtenons alors : Meshtastic → communications locales – AREDN → réseau informatique régional – Winlink HF → communications longue distance

Trois réseaux pour rester en contact

Meshtastic, AREDN et Winlink peuvent se compléter : communications locales, réseau IP régional et liaisons HF longue distance.

Nous ne cherchons plus à savoir lequel remplacera les deux autres.

Nous utilisons chaque technologie là où elle est la plus efficace.

12 — Attention à la réglementation

Une dernière distinction est indispensable.

Utiliser Meshtastic sur une bande destinée aux dispositifs de faible portée et utiliser AREDN ou Winlink sur les bandes radioamateurs ne relève pas exactement du même cadre.

En France, l’ANFR rappelle que les transmissions du service amateur doivent rester en rapport avec l’objet de ce service et que les communications internationales pour le compte de tierces personnes sont encadrées.

Autre point particulièrement important : la réglementation française interdit de coder les transmissions entre stations d’amateur dans le but d’en obscurcir le sens, sauf exception prévue pour certains signaux de commande du service amateur par satellite. Les communications pour des tiers non radioamateurs sont également encadrées, avec une exception notamment prévue pour les situations d’urgence ou les secours en cas de catastrophe.

Cette question est importante avec Meshtastic, car celui-ci propose normalement du chiffrement. Sa documentation indique notamment l’utilisation de clés prépartagées et permet aussi de désactiver le chiffrement, notamment lorsqu’un fonctionnement en bande amateur l’exige.

Il faut donc toujours distinguer la technologie qui permet quelque chose de la réglementation qui autorise son utilisation sur une fréquence donnée.

Conclusion — Le réseau qui survit est celui que nous avons préparé

Une panne générale nous apprend finalement quelque chose de très simple.

La technologie seule ne suffit pas.

Le meilleur transceiver HF du monde devient inutile avec une batterie vide.

Un magnifique réseau AREDN devient inutile si son unique point haut n’est pas secouru.

Et vingt terminaux Meshtastic rangés dans un tiroir ne constituent pas encore un réseau.

La résilience vient de plusieurs éléments : des équipements simples, des alimentations autonomes, des antennes correctement installées, des chemins redondants et surtout des opérateurs qui savent utiliser leur matériel avant que la panne ne survienne.

Meshtastic, Winlink et AREDN ne sont donc pas réellement concurrents.

Ils peuvent devenir trois étages d’une même infrastructure :

Meshtastic pour le terrain, AREDN pour le réseau local ou régional et Winlink HF pour aller beaucoup plus loin.

Et c’est peut-être là que le radioamateurisme retrouve l’une de ses raisons d’être : lorsque les réseaux modernes deviennent silencieux, nous savons encore comment établir une liaison avec une antenne, une batterie… et quelques watts.

Liens utiles

Voici les sources principales que je conserverais en fin d’article :

Construisons notre premier émetteur-récepteur… à lumière visible

Construisons un émetteur-récepteur à lumière visible

Dans notre précédent article, nous avons découvert qu’une simple LED pouvait transporter de la voix, du Morse ou des données sur des distances étonnantes.

Cette fois, terminée la théorie : nous allons construire notre première petite station de communication à lumière visible !

Le principe sera volontairement simple. Une LED rouge constituera notre émetteur, une photodiode notre récepteur et deux lentilles remplaceront, en quelque sorte, nos antennes directives.

Avec deux exemplaires du montage, nous disposerons même d’un véritable petit émetteur-récepteur optique simplex.

1 — À quoi ressemblera notre station ?

Oublions momentanément PA, coaxial et antenne.

Notre chaîne d’émission sera : Microphone → préamplificateur → modulateur → driver → LED rouge → lentille

Et à la réception : Lentille → photodiode → préamplificateur → filtre → amplificateur audio → casque

Émetteur-récepteur à lumière visible

Architecture de notre transceiver optique : la LED assure l’émission et la photodiode BPW34 la réception du signal lumineux.

Ajoutons un bouton PTT pour passer de réception en émission et nous retrouvons finalement une architecture assez proche de celle d’un transceiver radio.

Seul le moyen de transport change : notre information voyagera dans un faisceau lumineux.

2 — Pourquoi une LED rouge ?

Nous pourrions être tentés d’utiliser une puissante LED blanche d’éclairage. Elle fonctionnerait pour une expérience audio, mais une LED rouge présente plusieurs avantages.

Elle est simple à moduler, économique et sa lumière peut facilement être identifiée et filtrée au niveau du récepteur.

Les LED blanches utilisant un phosphore possèdent également une réponse plus lente que la LED bleue qui se trouve sous ce phosphore. Ce phénomène limite leur bande passante dans les systèmes de communication à lumière visible, ou VLC.

Pour notre premier appareil, une LED rouge de puissance de l’ordre de 1 W constituera donc un excellent point de départ.

Attention cependant : une LED de puissance exige un courant correctement contrôlé et un refroidissement convenable. Nous ne la brancherons évidemment jamais directement sur la sortie d’un amplificateur opérationnel.

3 — Mettons notre voix dans la lumière

Notre microphone électret délivre quelques millivolts seulement.

Un premier étage amplifie donc ce signal avant de l’envoyer vers le circuit qui pilote la LED.

L’idée est très simple : un courant continu établit la luminosité moyenne de la LED et notre signal audio vient faire varier ce courant autour de cette valeur.

Lorsque notre voix monte, la LED éclaire très légèrement davantage ; lorsqu’elle descend, elle éclaire un peu moins.

Ces variations sont trop rapides et trop faibles pour être observées par notre œil.

Pourtant, elles reproduisent notre voix.

Nous réalisons ce que les communications VLC appellent une modulation d’intensité. L’information est transportée par les variations de puissance lumineuse et récupérée par détection directe.

4 — Notre étage d’émission

Nous pouvons décomposer l’émetteur en quatre blocs : Micro électret → préampli audio → driver → LED

Le préamplificateur fournit un signal audio suffisamment important.

Le driver, réalisé avec un transistor ou un MOSFET adapté, fournit quant à lui le courant nécessaire à la LED.

Un potentiomètre permettra de régler la profondeur de modulation.

C’est un réglage important : trop faible, notre correspondant nous entendra difficilement ; trop importante, la LED sera poussée dans une zone non linéaire et notre audio sera déformé.

Schéma d’émetteur optique LED en français

Principe de l’émetteur optique : le signal du microphone module le courant d’une LED rouge de puissance dirigée vers le correspondant.

L’oscilloscope sera ici notre meilleur allié.

5 — Et pour transmettre du Morse ?

Encore plus simple !

Nous pourrions allumer et éteindre directement la LED avec notre manipulateur : lumière = signal ; absence de lumière = silence.

Mais nous pouvons faire mieux.

Produisons une tonalité audio, par exemple autour de 1 kHz, et commandons cette tonalité avec le manipulateur.

Notre LED reste modulée par cette fréquence lorsque la clé est enfoncée.

À la réception, un filtre audio peut privilégier cette petite portion du spectre. Cela permet de retrouver notre signal au milieu du bruit et de la lumière parasite.

Les amateurs de CW connaissent parfaitement le principe : réduire la bande passante améliore considérablement la réception d’un signal faible.

6 — Passons au récepteur

C’est probablement la partie la plus intéressante de notre construction.

Notre œil est capable de voir la LED à distance, mais nous avons besoin d’un composant capable de transformer rapidement ses variations lumineuses en signal électrique.

Nous utiliserons une photodiode PIN BPW34.

Ce petit composant est sensible sur une plage d’environ 430 à 1100 nm, couvrant donc largement le rouge visible. Vishay la destine notamment aux applications de photodétection rapide.

Contrairement à une photorésistance, elle est suffisamment rapide pour suivre sans difficulté nos variations audio.

7 — Quelques nanoampères ne feront pas chanter notre haut-parleur !

Voilà le problème.

La photodiode ne nous fournit pas directement un confortable signal audio de quelques centaines de millivolts.

Elle produit un très faible courant dépendant de la quantité de lumière reçue.

Il faut donc transformer ce courant en tension et l’amplifier.

Nous utiliserons pour cela un montage très courant en optoélectronique : l’amplificateur transimpédance, souvent abrégé TIA.

Récepteur optique : de la lumière au son

Du photon au son : la BPW34 transforme les variations lumineuses en un faible courant, ensuite amplifié, filtré et envoyé vers le casque.

Son principe peut se résumer ainsi : courant de la photodiode → TIA → tension exploitable

Une résistance placée dans la contre-réaction de l’amplificateur opérationnel détermine une grande partie du gain. Un petit condensateur de compensation est généralement ajouté en parallèle afin d’assurer la stabilité du montage compte tenu, notamment, de la capacité de la photodiode.

C’est ici que se joue une bonne partie des performances de notre récepteur.

8 — Le Soleil arrive dans notre récepteur !

Premier essai en extérieur et surprise : notre photodiode ne reçoit évidemment pas seulement notre LED.

Elle voit également le Soleil, le ciel, les nuages, les lampadaires, les phares automobiles et l’éclairage des habitations.

La BPW34 est sensible sur une plage spectrale beaucoup plus large que la seule lumière rouge qui nous intéresse.

Nous allons donc combattre cette lumière parasite de trois façons.

D’abord, plaçons la photodiode au fond d’un tube noir. Elle ne regardera pratiquement plus que dans la direction de notre correspondant.

Ensuite, nous pouvons placer devant elle un filtre optique rouge.

Enfin, notre électronique privilégiera les variations rapides contenant l’audio et rejettera autant que possible la composante lumineuse continue.

Le rejet de l’éclairage ambiant est d’ailleurs un véritable sujet de conception dans les récepteurs optiques modernes.

9 — Installons notre première lentille

Sans optique, notre montage fonctionnera déjà sur quelques mètres.

Mais notre LED gaspille énormément de lumière dans des directions qui ne nous intéressent pas.

Plaçons donc une lentille devant elle.

La LED située près du foyer de cette lentille produit alors un faisceau beaucoup plus étroit.

Nous pouvons employer une lentille convergente classique, une optique de récupération ou une lentille de Fresnel.

À la réception, faisons exactement l’inverse.

Une grande lentille collecte la lumière sur toute sa surface et la concentre sur notre minuscule BPW34.

Nous venons pratiquement de construire nos antennes optiques.

Alignement optique pour liaison laser

Les optiques concentrent la lumière à l’émission et la collectent à la réception : leur alignement devient déterminant avec la distance.

10 — Première liaison : restons dans l’atelier

Ne commençons surtout pas en installant deux stations à cinq kilomètres !

Posons notre émetteur et notre récepteur à un mètre l’un de l’autre.

Injectons d’abord une tonalité audio dans l’émetteur.

Vérifions successivement : signal microphone → modulation LED → courant photodiode → sortie TIA → sortie audio.

Un oscilloscope permettra de suivre le signal d’un étage à l’autre.

Lorsque cela fonctionne parfaitement, remplaçons le générateur par le microphone.

Parlons.

Notre voix doit sortir du haut-parleur situé de l’autre côté de la pièce.

Nous venons de réaliser notre première communication par lumière visible !

11 — Maintenant, sortons dehors

Passons à dix mètres.

Puis cinquante.

Puis cent.

À mesure que la distance augmente, les optiques deviennent indispensables et un nouveau problème apparaît : l’alignement.

Un faisceau très concentré améliore considérablement le signal reçu mais devient beaucoup plus difficile à pointer.

Quelques degrés d’erreur peuvent suffire pour perdre complètement le correspondant.

Une petite rotule photographique, un réglage horizontal/vertical et même un viseur rudimentaire deviennent alors extrêmement utiles.

Le compromis est exactement celui que nous connaissons avec nos antennes : davantage de directivité apporte davantage de gain, mais exige un pointage plus précis.

12 — Transformons-le en véritable transceiver

Construisons maintenant deux appareils identiques comportant chacun émission et réception.

Ajoutons un PTT.

Au repos : photodiode active → réception.

Lorsque nous appuyons : récepteur coupé → driver LED activé → émission.

Nous obtenons ainsi une liaison simplex, exactement comme lorsque deux stations radio utilisent alternativement la même fréquence.

Chaque correspondant dispose maintenant d’un microphone, d’un casque, d’une LED, d’une photodiode et de ses deux optiques.

Nous pouvons réellement converser par lumière.

13 — Jusqu’où pourrons-nous aller ?

Notre premier objectif ne doit pas être un record.

Essayons progressivement : 1 m → 10 m → 100 m → 500 m → 1 km.

Premier QSO optique en montagne

Du premier essai à quelques mètres au DX optique : deux stations correctement alignées permettent d’augmenter progressivement la distance.

À chaque étape, nous apprendrons quelque chose : qualité de l’optique, bruit du préamplificateur, lumière parasite, stabilité mécanique ou précision du pointage.

Ensuite, deux points hauts parfaitement dégagés permettront d’envisager plusieurs kilomètres.

Et c’est là que l’expérience commencera véritablement à ressembler à du DX optique.

14 — Et les modes numériques ?

Une fois notre liaison audio fiable, une porte immense s’ouvre.

Notre émetteur-récepteur ne sait pas si le signal entrant provient d’un microphone ou d’un ordinateur.

Nous pouvons donc expérimenter avec du Morse audio, des tonalités, différents systèmes de modulation et des transmissions numériques adaptées à la bande passante disponible.

Les systèmes VLC modernes exploitent le même principe fondamental avec des modulations beaucoup plus sophistiquées et des débits sans commune mesure avec notre petit montage.

Mais nous aurons construit quelque chose de beaucoup plus important qu’un système performant : un appareil dont nous comprenons chaque étage.

Une autre façon de faire de la radio ?

Notre appareil ne possède ni oscillateur HF, ni PA, ni coaxial, ni antenne.

Pourtant nous retrouvons presque tout ce qui passionne le radioamateur : modulation, amplification, filtrage, directivité, propagation, rapport signal/bruit, pointage et recherche de distance.

Et surtout l’expérimentation.

Notre premier contact se fera peut-être entre les deux extrémités de l’atelier.

Le suivant entre deux maisons.

Puis entre deux points hauts distants de plusieurs kilomètres.

Lorsque notre correspondant répondra dans le casque alors qu’entre lui et nous il n’existe ni câble ni signal radio, mais seulement un minuscule faisceau rouge, notre petite LED aura définitivement cessé d’être un simple voyant lumineux.

Et une question viendra probablement immédiatement : jusqu’où pouvons-nous aller ?

Liens techniques utiles

Quand le clavier remplaça le manipulateur ! (PSK31)

Quand le clavier remplaça le manipulateur

Pendant des décennies, pour converser à grande distance avec très peu de puissance et quelques dizaines de hertz de bande passante, le radioamateur disposait d’un outil presque imbattable : la télégraphie.

Un manipulateur, une oreille entraînée et quelques watts permettaient déjà de parcourir le monde.

Puis les téléimprimeurs et le RTTY firent entrer le clavier dans les stations. Mais ces lourdes machines allaient à leur tour disparaître. Dans les années 1990, l’ordinateur personnel était désormais présent dans de nombreux shacks et sa carte son allait bientôt devenir un véritable modem.

Une nouvelle question se posa alors : pouvait-on retrouver avec un clavier la simplicité et l’efficacité spectrale de la CW ?

La réponse allait tenir en cinq caractères : PSK31.

Avant le PSK31, le clavier était déjà sur les ondes

Le PSK31 n’a évidemment pas inventé le QSO au clavier. Le RTTY permettait depuis longtemps d’échanger du texte et d’autres modes numériques, comme AMTOR ou le Packet Radio, étaient déjà bien connus des radioamateurs.

Mais ces systèmes avaient chacun leurs contraintes.

Le RTTY utilisait deux fréquences, MARK et SPACE, tandis que le Packet privilégiait davantage l’échange structuré de données. L’idée qui allait conduire au PSK31 était différente : créer un mode extrêmement étroit, efficace et spécialement adapté à une conversation en direct entre deux opérateurs.

Autrement dit, retrouver l’esprit d’un QSO CW ou RTTY, mais avec les possibilités nouvelles du traitement numérique du signal.

Années 1990 : les expériences de SP9VRC

L’histoire passe d’abord par le radioamateur polonais Pawel Jalocha, SP9VRC, qui expérimente notamment un système appelé SLOWBPSK.

Plutôt que d’utiliser deux fréquences comme le RTTY, on exploite ici la phase d’une porteuse.

Le principe est fondamental :

RTTY → on change de fréquence.

BPSK → on change de phase.

Cette technique permet d’obtenir des signaux particulièrement étroits. Les travaux de SP9VRC vont servir de base à ce qui deviendra le PSK31.

Peter Martinez G3PLX entre en scène

Le Britannique Peter Martinez, G3PLX, déjà connu pour ses travaux sur l’AMTOR, reprend et développe le concept afin de créer un mode réellement adapté aux conversations entre radioamateurs.

Le résultat est le PSK31PSK signifie Phase Shift Keying, modulation par déplacement de phase.

Le nombre 31 vient de sa vitesse de transmission, plus exactement : 31,25 bauds.

Cette vitesse peut paraître dérisoire aujourd’hui, mais elle correspond assez bien au rythme auquel un opérateur tape une conversation sur son clavier.

Pourquoi transmettre des milliers de caractères par seconde lorsque l’être humain n’en écrit que quelques-uns ?

Le PSK31 privilégie donc l’efficacité plutôt que la vitesse.

Pourquoi exactement 31,25 bauds ?

Ce nombre assez étrange n’a pas été choisi au hasard.

Les cartes son et systèmes numériques utilisent couramment des fréquences d’échantillonnage qui se prêtent facilement aux divisions binaires.

Avec 8 000 échantillons par seconde : 8000 ÷ 256 = 31,25

On obtient ainsi une vitesse particulièrement pratique pour le traitement numérique de l’époque.

Mais surtout, ralentir la transmission permet de réduire considérablement la largeur du signal.

Un QSO dans quelques dizaines de hertz !

C’est probablement la caractéristique la plus spectaculaire du PSK31.

Une émission BLU occupe typiquement environ 2 400 Hz.

Un signal RTTY traditionnel occupe quelques centaines de hertz selon le shift et le filtrage employés.

Le PSK31, lui, concentre l’information dans quelques dizaines de hertz seulement. La spécification historique indique environ 60 Hz de largeur à −26 dB.

Sur un waterfall, la différence saute aux yeux.

Là où une seule conversation SSB occupe une large portion du spectre, de nombreux signaux PSK31 peuvent apparaître sous la forme de très fines lignes parallèles.

C’est un véritable embouteillage… qui prend très peu de place !

PSK31 : l’efficacité en quelques hertz

Avec seulement quelques dizaines de hertz, le PSK31 permet de concentrer de nombreux QSO dans une faible portion du spectre.

Varicode : toutes les lettres ne sont pas égales

Peter Martinez ajoute une autre idée particulièrement élégante : le Varicode.

Dans certains systèmes numériques, chaque caractère possède un nombre fixe de bits.

Le PSK31 fait autrement.

Les caractères les plus fréquemment utilisés reçoivent des codes courts, tandis que les caractères rares utilisent des séquences plus longues.

Cela rappelle étrangement quelque chose…

En Morse, la lettre très fréquente E vaut simplement : alors qu’une lettre moins fréquente demande plusieurs éléments.

Le Varicode reprend finalement la même philosophie : ne pas gaspiller du temps pour transmettre les caractères que nous utilisons le plus souvent.

Le PSK31 avait remplacé le manipulateur par le clavier, mais il conservait ainsi un peu de l’esprit de la télégraphie !

Deux zéros et le caractère est terminé

Le Varicode possède également une petite astuce.

Les caractères sont séparés par la séquence : 00                                                                                                                                                      

Cette combinaison n’étant pas utilisée à l’intérieur du code représentant un caractère, le logiciel sait immédiatement que la lettre précédente est terminée.

Le texte peut ainsi être envoyé en continu, au rythme auquel l’opérateur le tape.

Quand le signal retourne sa phase

Comment les 0 et les 1 arrivent-ils maintenant jusqu’à l’antenne ?

Dans la forme la plus connue du PSK31, le BPSK31, deux états de phase sont utilisés.

Schématiquement :

1 → la phase reste identique

0 → la phase est retournée de 180°.

Imaginez une sinusoïde. À certains instants, elle poursuit normalement son oscillation ; à d’autres, elle se retrouve inversée.

Le récepteur détecte ces changements et reconstitue les bits, puis le Varicode transforme ceux-ci en caractères affichés sur l’écran.

En pratique, les transitions sont soigneusement façonnées afin d’éviter qu’un changement trop brutal n’étale inutilement l’énergie sur les fréquences voisines.

Voilà l’une des raisons pour lesquelles un PSK31 correctement transmis reste si étroit.

Infographie PSK31 : du texte à l’antenneInfographie PSK31 : du texte à l’antenne

Du Varicode au BPSK31 : les caractères deviennent des changements de phase transmis sur quelques dizaines de hertz.

Et le QPSK31 ?

Une autre variante historique existe : QPSK31.

Alors que BPSK utilise deux états de phase, QPSK en utilise quatre. Le QPSK31 permet notamment d’introduire une correction d’erreurs grâce à un codage convolutionnel et un décodage de type Viterbi.

Mais dans les shacks, c’est surtout BPSK31 qui deviendra l’image emblématique du PSK31.

Décembre 1998 : la carte son change tout

C’est probablement le véritable tournant de notre histoire.

Les expérimentations numériques nécessitaient jusque-là du matériel spécialisé ou des systèmes DSP qui n’étaient pas nécessairement accessibles à tous.

À la fin de 1998, Peter Martinez diffuse une implémentation permettant d’utiliser la carte son d’un ordinateur PC.

Désormais, le radioamateur possède déjà presque tout ce dont il a besoin : un transceiver BLU + un ordinateur + une carte son + une interface audio + un logiciel.

Le signal audio produit par l’ordinateur entre dans le transceiver.

À la réception, l’audio du poste retourne vers la carte son.

Et le logiciel fait le reste.

La carte son vient de devenir un modem radio.

1999-2000 : le PSK31 envahit les shacks

Le succès est rapide.

Pourquoi ?

Parce qu’il n’est pas nécessaire d’acheter un émetteur-récepteur spécialement conçu pour ce nouveau mode. Un poste BLU existant convient parfaitement.

Et justement, à cette époque, les ordinateurs multimédias équipés d’une carte son se généralisent.

Quelques câbles et une petite interface d’isolation suffisent pour relier les deux mondes.

Sur les bandes amateur apparaissent alors de plus en plus de ces minuscules signaux.

Le PSK31 devient l’un des symboles de l’arrivée massive du PC dans le shack.

Le waterfall change notre manière de chercher les stations

Avec le PSK31, un autre élément devient rapidement familier : le waterfall.

L’écran affiche une représentation du spectre qui défile dans le temps.

Les émissions PSK31 apparaissent comme de fines traces.

Plus besoin de rechercher laborieusement chaque station uniquement avec le VFO.

On voit les signaux.

Un clic sur une trace…

et le logiciel se cale dessus et commence à afficher le texte.

Plusieurs conversations peuvent même être visibles simultanément dans la bande audio du récepteur.

Le radioamateur ne se contente plus d’écouter le spectre : il le regarde.

Quelques watts peuvent aller très loin

Le PSK31 acquiert également une excellente réputation auprès des amateurs de QRP.

Comme l’énergie est concentrée dans une largeur de bande très réduite, des puissances relativement modestes permettent souvent d’obtenir d’excellents résultats.

Avec une bonne antenne et une propagation favorable, quelques watts peuvent permettre des QSO à plusieurs milliers de kilomètres.

Mais attention : le PSK31 n’abolit évidemment pas les lois de la propagation !

L’antenne, le bruit, la bande utilisée et les conditions ionosphériques restent déterminants.

Le piège de la surmodulation

Un signal aussi étroit possède cependant un ennemi : un mauvais réglage de l’émetteur.

Il est tentant d’augmenter fortement le niveau audio envoyé par la carte son afin d’obtenir davantage de puissance HF.

C’est une erreur.

Si l’étage d’émission n’est plus utilisé dans sa zone linéaire ou si l’ALC intervient fortement, le spectre s’élargit et des produits indésirables apparaissent de chaque côté du signal.

Sur le waterfall, la fine trace devient alors une vilaine tache.

La règle est donc simple : un bon signal PSK31 doit rester propre et étroit.

Les voisins vous en remercieront !

PSK63, PSK125 et les descendants

Le principe du PSK31 donnera naissance à différentes variantes.

En augmentant la vitesse de modulation apparaissent notamment : PSK63 : 62,5 bauds puis PSK125 : 125 bauds.

Le texte arrive plus rapidement, mais l’occupation spectrale augmente également.

D’autres modes et variantes de la famille PSK verront encore le jour, mais le PSK31 restera celui qui aura marqué toute une génération de radioamateurs.

2017 : FT8 change le paysage

Puis arrive une nouvelle révolution.

À partir de 2017, le FT8 connaît un succès spectaculaire.

Très performant avec les signaux faibles, automatisant une grande partie de la séquence d’un contact et permettant d’enchaîner rapidement les QSO, il attire une part considérable de l’activité numérique HF.

Les waterfalls autrefois remplis de PSK31 deviennent beaucoup plus calmes.

Mais comparer directement les deux modes serait trompeur.

FT8 est principalement conçu autour d’échanges courts et structurés.

PSK31 permet une conversation libre.

On peut réellement écrire :

« Bonjour Michel, ici Freddy. Je travaille avec 10 watts et un dipôle. Quel temps fait-il chez toi ? »

Et le correspondant peut répondre ce qu’il veut.

Pas de message imposé.

Pas de séquence chronométrée.

Le clavier redevient simplement le prolongement de l’opérateur.

Du manipulateur au waterfall !

De la CW au PSK31 puis au FT8, les outils évoluent mais les mots continuent de voyager sur les ondes.

Quelques dates à retenir

Années 1990 — Pawel Jalocha SP9VRC expérimente notamment SLOWBPSK.

1998 — Peter Martinez G3PLX finalise et fait connaître le PSK31.

Décembre 1998 — l’implémentation utilisant la carte son du PC contribue fortement à sa diffusion.

1999-2000 — le PSK31 se répand rapidement dans les stations radioamateurs.

Années 2000 — PSK31 devient l’un des modes numériques HF les plus populaires et inspire de nombreuses variantes.

2017 — l’essor du FT8 modifie profondément le paysage des modes numériques sur les bandes amateur.

Aujourd’hui — le PSK31 reste utilisable et conserve une particularité devenue presque originale : permettre de véritables conversations clavier-à-clavier avec un signal extrêmement étroit.

Le clavier avait-il vraiment remplacé le manipulateur ?

En apparence, tout les sépare.

D’un côté, un manipulateur Morse.

De l’autre, un ordinateur, une carte son et un logiciel.

Pourtant, PSK31 retrouve plusieurs qualités qui avaient fait le succès de la CW : une bande passante minuscule, la possibilité de travailler avec une puissance modeste et surtout une véritable conversation entre deux opérateurs.

Même son Varicode rappelle la vieille idée du code Morse : donner les séquences les plus courtes aux caractères que nous utilisons le plus souvent.

Le manipulateur avait disparu du bureau.

Le clavier avait pris sa place.

Mais près d’un siècle après les premiers QSO en télégraphie, le principe restait finalement assez semblable : faire voyager des mots le plus efficacement possible sur les ondes.

Et cette fois, il suffisait de les taper.

Connecteurs RJ : comment les reconnaître et quelles sont leurs dimensions ?

Guide pratique des connecteurs RJ

RJ9, RJ10, RJ11, RJ12, RJ14, RJ25, RJ45, RJ50… À première vue, on pourrait croire qu’à chaque numéro correspond une taille différente de connecteur. En réalité, la famille des connecteurs modulaires est beaucoup moins simple que cela.

Deux connecteurs portant des appellations différentes peuvent avoir exactement les mêmes dimensions, tandis que le nombre de contacts électriques réellement présents peut changer.

Dans le monde radioamateur, la question se pose régulièrement : quelle est cette petite prise utilisée pour le microphone ? Est-ce une RJ11, une RJ12 ou une RJ45 ?

Voyons comment les reconnaître.

1. « RJ » ne définit pas réellement la taille

Le terme RJ signifie Registered Jack. Il provient d’un système américain de normalisation des interfaces téléphoniques.

À l’origine, une désignation comme RJ11 ou RJ14 ne désignait donc pas simplement une fiche, mais une interface avec un type de connecteur et un câblage déterminés.

Avec le temps, l’usage courant a quelque peu simplifié les choses. On parle aujourd’hui volontiers de « prise RJ45 » pour désigner la fiche utilisée sur nos câbles Ethernet.

Techniquement, cette fiche est avant tout un connecteur modulaire 8P8C.

C’est cette notation P/C qui est la plus utile pour identifier physiquement un connecteur.

2. Que signifient 4P4C, 6P2C ou 8P8C ?

La notation est très simple :

P = Positions
C = Contacts

Ainsi :

4P4C signifie 4 positions et 4 contacts.

6P2C signifie 6 positions mais seulement 2 contacts électriques.

6P4C signifie 6 positions et 4 contacts.

6P6C signifie 6 positions et 6 contacts.

8P8C signifie 8 positions et 8 contacts.

C’est une distinction importante : deux fiches peuvent posséder exactement la même largeur tout en ayant un nombre de contacts différent.

Les documentations industrielles confirment d’ailleurs cette organisation : les connecteurs modulaires existent notamment en corps 4, 6 et 8 positions, avec différents nombres de contacts chargés. Molex propose par exemple des modèles 6/2, 6/4, 6/6 et 8/8.

3. Tableau des principaux connecteurs

Voici les familles que l’on rencontre le plus souvent :

Appellation courante Type physique Contacts Largeur approximative de la fiche Utilisation courante
RJ9 / RJ10 / RJ22* 4P4C 4 ≈ 7,6 mm Combinés téléphoniques, micros
RJ11 6P2C 2 ≈ 9,6 mm Téléphone, modem
RJ14 6P4C 4 ≈ 9,6 mm Téléphonie deux lignes
RJ12 6P6C 6 ≈ 9,6 mm Téléphonie, commandes, équipements
RJ25 6P6C 6 ≈ 9,6 mm Téléphonie trois lignes
« RJ45 » 8P8C 8 ≈ 11,7 mm Ethernet, radio, informatique
RJ50** 10P10C 10 ≈ 13,5–13,8 mm Équipements spécialisés

* Les désignations RJ9, RJ10 et RJ22 sont largement utilisées dans le commerce pour les petits connecteurs 4P4C, même si ces appellations ne correspondent pas toutes à des désignations RJ normalisées au sens historique.

** L’appellation RJ50 est elle aussi couramment employée pour le 10P10C.

Les dimensions peuvent varier légèrement suivant les fabricants et la construction de la fiche. Il faut donc considérer ces valeurs comme des dimensions pratiques d’identification, et non comme les cotes mécaniques d’un plan de fabrication.

Comparatif des connecteurs RJ à l’échelle

Comparaison à la même échelle des principaux connecteurs modulaires, du 4P4C au 10P10C.

L’illustration générée ne respecte pas systématiquement le nombre de contacts demandé sur les représentations graphiques des connecteurs, malgré plusieurs corrections successives.

4. Trois grandes largeurs à retenir

Pour identifier rapidement un connecteur trouvé dans le shack, il n’est finalement pas nécessaire de retenir tous les numéros RJ.

On peut commencer par regarder le nombre de positions.

4P4C : le petit connecteur

C’est le plus étroit de ceux que nous rencontrerons couramment.

Sa largeur est d’environ 7,6 mm.

On le connaît surtout pour la liaison entre le combiné et la base des anciens téléphones. On le retrouve également sur certains microphones, accessoires et équipements électroniques.

Il possède quatre positions et généralement quatre contacts.

Famille 6P : RJ11, RJ14, RJ12…

Nous passons à une largeur d’environ 9,6 mm.

Et c’est ici que commencent les confusions.

Un RJ11, un RJ14 et certains connecteurs appelés RJ12 ont la même enveloppe mécanique à six positions.

Ce qui change est notamment le nombre de contacts utilisés :

6P2C → 2 contacts
6P4C → 4 contacts
6P6C → 6 contacts

Une prise femelle 6P6C peut donc physiquement accepter plusieurs variantes de cette famille.

Guide des connecteurs RJ 6P en français

RJ11, RJ14 et RJ12/RJ25 : même format 6P, mais un nombre de contacts différent.

8P8C : notre fameux « RJ45 »

C’est probablement le connecteur modulaire le plus connu aujourd’hui.

Sa largeur est d’environ 11,7 mm et il possède huit positions et huit contacts.

On le rencontre évidemment sur les réseaux Ethernet, mais également sur de très nombreux équipements radio.

Les caractéristiques publiées par Molex donnent notamment un pas de 1,02 mm au niveau de l’interface d’accouplement pour ses connecteurs modulaires 4/4, 6/2, 6/4, 6/6 et 8/8.

5. Et le 10P10C ?

Il existe encore plus large : le 10P10C.

Il comporte dix positions et dix contacts et mesure environ 13,5 à 13,8 mm de largeur, suivant les modèles.

Il est nettement moins répandu que le 8P8C et se rencontre surtout sur certains équipements spécialisés, terminaux, scanners, systèmes de commande ou interfaces industrielles.

Il est souvent commercialisé sous le nom RJ50.

6. Comment identifier une fiche inconnue ?

Avec une fiche devant soi, l’identification est assez simple.

Commencez par placer la fiche face à vous, contacts visibles.

Comptez d’abord le nombre total d’emplacements.

Vous en trouvez quatre ? Nous sommes probablement dans la famille 4P.

Six ? Famille 6P.

Huit ? 8P.

Dix ? 10P.

Comptez ensuite les contacts métalliques réellement présents.

Une fiche possédant six emplacements mais seulement deux contacts au centre sera donc une 6P2C.

Avec quatre contacts : 6P4C.

Avec les six contacts : 6P6C.

Cette méthode est beaucoup plus fiable que d’essayer de déterminer visuellement s’il s’agit d’un « RJ11 » ou d’un « RJ12 ».

7. Pourquoi est-ce particulièrement important en radio ?

Les radioamateurs rencontrent régulièrement ces connecteurs.

Les fabricants de transceivers ont largement utilisé les connecteurs modulaires pour les microphones et différentes interfaces parce qu’ils sont compacts, économiques et faciles à remplacer.

On peut ainsi rencontrer des connecteurs 4P4C, 6P6C ou 8P8C sur du matériel radio.

Mais attention à un piège particulièrement important :

le fait que deux appareils possèdent le même connecteur ne signifie absolument pas qu’ils utilisent le même brochage.

Un connecteur 8P8C peut transporter, selon l’appareil :

  • l’audio du microphone ;
  • le PTT ;
  • une tension d’alimentation ;
  • des commandes UP/DOWN ;
  • une masse ;
  • des données ;
  • ou différentes fonctions propres au constructeur.

Brancher un microphone uniquement parce que sa fiche « rentre dans la prise » est donc une mauvaise idée.

8. RJ45 ne veut pas dire Ethernet

C’est probablement le point le plus important à retenir pour nos applications radio.

Une prise ressemblant à celle d’un câble réseau n’implique pas qu’elle transporte de l’Ethernet.

Le connecteur 8P8C n’est qu’une interface mécanique et électrique.

Un constructeur peut parfaitement l’utiliser pour son microphone, une commande déportée ou une liaison propriétaire.

Inversement, les connecteurs modulaires 8P8C sont effectivement largement employés pour Ethernet. Molex commercialise par exemple des fiches modulaires 8/8 destinées aux applications de catégorie 6.

Il faut donc toujours consulter le schéma de brochage de l’appareil avant de réaliser un câble.

9. Une même prise, plusieurs câblages

Prenons la famille à six positions.

Extérieurement, nous pouvons avoir :

6P2C

[ ][ ][●][●][ ][ ]

6P4C

[ ][●][●][●][●][ ]

6P6C

[●][●][●][●][●][●]

Le corps de la fiche conserve sensiblement la même largeur. Seul le nombre de contacts change.

C’est précisément pour cette raison que l’indication 6P4C est souvent beaucoup plus informative pour le technicien que la simple appellation commerciale « RJ ».

10. Attention également au sens de numérotation

Lorsque l’on recherche le brochage d’un microphone ou que l’on fabrique un câble, une autre erreur classique consiste à regarder le connecteur du mauvais côté.

Une fiche vue côté contacts et la même fiche vue côté câble donnent naturellement une numérotation inversée visuellement.

Avant de souder ou sertir un câble, vérifiez donc toujours :

le sens de vue du schéma, la position de l’ergot et la position de la broche 1.

Une photographie prise avant démontage peut éviter bien des hésitations.

Guide de numérotation des connecteurs RJ

11. Le tableau à garder dans le shack

Pour une identification rapide, retenons essentiellement ceci :

Nombre de positions Désignation Largeur indicative Famille courante
4 4P4C ≈ 7,6 mm « RJ9/RJ10 »
6 6P2C ≈ 9,6 mm RJ11
6 6P4C ≈ 9,6 mm RJ14
6 6P6C ≈ 9,6 mm RJ12/RJ25
8 8P8C ≈ 11,7 mm « RJ45 »
10 10P10C ≈ 13,5–13,8 mm « RJ50 »

Les familles 4, 6 et 8 positions sont bien documentées chez les fabricants de connectique. À titre d’exemple, une même série Molex comprend des jacks 4/4, 6/2, 6/4, 6/6 et 8/8, ce qui illustre parfaitement pourquoi le nombre de positions et celui des contacts doivent être distingués.

Conclusion

Derrière l’apparente simplicité des prises RJ se cache donc une petite subtilité : le numéro RJ n’est pas une indication fiable de la taille physique du connecteur.

Pour identifier une fiche, la meilleure méthode consiste à retenir trois informations :

le nombre de positions, le nombre de contacts et la largeur du connecteur.

Pour nos bricolages radioamateurs, la notation 4P4C, 6P2C, 6P4C, 6P6C, 8P8C ou 10P10C est donc particulièrement pratique.

Et surtout, gardons une règle essentielle dans le shack :

deux prises identiques ne signifient jamais deux brochages identiques.

Avant de raccorder un microphone, un transceiver ou une interface, quelques secondes passées à consulter le manuel peuvent éviter d’envoyer une tension d’alimentation là où l’appareil attendait simplement un signal audio.

Peut-on réellement faire un QSO avec une LED ?

QSO LED au cœur de la nuit

Une LED rouge, une lentille, quelques composants électroniques et, plusieurs kilomètres plus loin, un autre radioamateur qui vous répond. L’idée pourrait ressembler à une expérience de laboratoire ou à un défi un peu farfelu. Pourtant, il est parfaitement possible de transmettre du Morse, de la voix et même des données à l’aide d’une simple source lumineuse.

Et les distances atteintes sont loin d’être anecdotiques : des expérimentateurs ont réalisé des liaisons optiques avec des LED sur plusieurs dizaines de kilomètres, et certains contacts ont dépassé les 200 km.

Alors, rangeons momentanément antennes, coaxiaux et ROSmètres : aujourd’hui, notre « émetteur » va s’allumer en rouge !

1 — Une LED peut-elle vraiment devenir un émetteur ?

Oui, car une LED possède une propriété extrêmement intéressante : son intensité lumineuse peut varier très rapidement.

Si nous faisons varier le courant qui la traverse au rythme d’un signal audio, sa luminosité varie exactement de la même manière.

Imaginons que nous parlions devant un microphone : Microphone → amplificateur → modulateur → LED

À l’œil, pratiquement rien ne se passe. La LED semble simplement allumée.

Mais un détecteur électronique placé à distance peut percevoir ces minuscules variations lumineuses et retrouver notre voix.

Nous venons de réaliser une liaison de télécommunication par lumière visible.

2 — De la radio à la lumière

Cela peut sembler très différent de nos bandes radioamateurs. Pourtant, radio et lumière appartiennent à la même grande famille : les ondes électromagnétiques.

En montant en fréquence, nous rencontrons successivement : ondes radio → micro-ondes → infrarouge → lumière visible → ultraviolet.

Une LED rouge émettant vers 660 nm correspond à une fréquence électromagnétique voisine de 454 THz, soit environ 454 000 GHz !

Le spectre électromagnétique en lumière rouge

Des ondes radio à la lumière visible : une LED rouge émet elle aussi une onde électromagnétique.

Évidemment, aucun oscillateur de notre montage ne travaille directement à cette fréquence. C’est le matériau semi-conducteur de la LED qui produit la lumière.

Notre électronique ne fait que modifier son intensité.

3 — Comment mettre notre voix dans la lumière ?

La méthode la plus intuitive consiste à faire varier le courant de la LED avec le signal provenant du microphone.

Lorsque le signal audio augmente, la LED éclaire légèrement davantage. Lorsqu’il diminue, elle éclaire un peu moins.

Ces variations peuvent se produire des milliers ou des millions de fois par seconde sans que notre œil les distingue.

On parle de modulation d’intensité.

À l’autre extrémité de la liaison, une photodiode transforme ces variations lumineuses en un très faible courant électrique : LED → lumière modulée → photodiode → préamplificateur → haut-parleur

Et notre correspondant entend notre voix.

Nous pourrions également transmettre du Morse en faisant commuter la LED ou, mieux encore, en modulant celle-ci par une tonalité audio que notre manipulateur interrompt au rythme des points et des traits.

4 — Mais une LED éclaire dans toutes les directions !

Voilà notre premier gros problème.

Une LED de quelques watts peut produire beaucoup de lumière, mais celle-ci est dispersée dans un angle relativement important. À quelques kilomètres, seule une fraction infime atteint notre correspondant.

Nous devons donc concentrer cette lumière.

C’est ici qu’intervient notre nouvelle « antenne » : la lentille.

Une LED placée approximativement au foyer d’une lentille produit un faisceau beaucoup plus étroit.

Nous pouvons utiliser une lentille classique, une optique récupérée ou une grande lentille de Fresnel.

Nous obtenons ainsi l’équivalent optique d’une antenne directive.

Plus le faisceau est étroit, plus l’énergie est concentrée vers notre correspondant. Mais l’alignement devient également beaucoup plus délicat.

5 — Et à la réception ?

Exactement le problème inverse.

La lumière arrivant après plusieurs kilomètres est extrêmement faible. Il faut donc en récupérer le maximum.

Une grande lentille collecte la lumière sur toute sa surface et la concentre sur une petite photodiode.

Une BPW34, par exemple, constitue un détecteur intéressant et facile à trouver pour les premières expérimentations.

Le signal électrique qu’elle produit est cependant minuscule. On utilise donc généralement un amplificateur transimpédance, spécialement adapté aux photodiodes.

Notre récepteur devient : Lentille → photodiode → préamplificateur → filtre → amplificateur audio → casque

Principe d’une liaison optique par LED

Principe d’un QSO optique : la LED modulée transmet le signal lumineux vers une photodiode placée à distance.

La qualité du récepteur est capitale. Augmenter sans cesse la puissance de la LED n’est pas forcément la meilleure façon de gagner de la distance : améliorer l’optique et réduire le bruit du récepteur peut être beaucoup plus efficace.

6 — Notre principal brouilleur s’appelle… le Soleil !

Sur 40 mètres, nous surveillons le bruit atmosphérique et les autres stations.

Avec notre récepteur optique, nous découvrons un brouilleur autrement plus puissant : la lumière ambiante.

Le Soleil, le ciel, les lampadaires, les phares automobiles et même certains éclairages domestiques produisent énormément de lumière.

La solution consiste notamment à utiliser un tube devant le détecteur pour limiter son champ de vision, éventuellement un filtre optique adapté à la couleur de notre LED et surtout une modulation permettant de séparer notre signal de la lumière ambiante.

Une liaison réalisée de nuit sera naturellement beaucoup plus confortable.

Voilà un QSO pour lequel attendre le coucher du Soleil peut améliorer considérablement les conditions !

7 — Quel rapport avec une station radio ?

Finalement, beaucoup plus qu’on pourrait le croire.

Dans une station classique, nous avons : TX → antenne → propagation → antenne → RX

Dans notre station optique : LED → lentille → atmosphère → lentille → photodiode

La puissance de la LED rappelle la puissance de notre émetteur. La concentration du faisceau joue un rôle comparable au gain d’une antenne directive. Le diamètre de l’optique de réception détermine la quantité d’énergie récupérée, tandis que la sensibilité du détecteur et le bruit électronique conditionnent les signaux les plus faibles que nous pouvons recevoir.

Nous retrouvons donc pratiquement toutes nos préoccupations habituelles de radioamateur.

8 — Et la propagation ?

Cette fois, oublions l’ionosphère.

Notre liaison dépend principalement de la visibilité entre les deux stations et de l’état de l’atmosphère.

Le brouillard est évidemment redoutable. La pluie, la brume, la pollution et les poussières peuvent également atténuer le signal.

Sur les longues distances apparaît aussi un phénomène intéressant : la scintillation.

Les mouvements de l’atmosphère et les différences de température font légèrement varier le trajet de la lumière. Le signal reçu peut alors fluctuer rapidement.

C’est un phénomène comparable à certains égards au fading que nous connaissons bien en radio, même si son origine physique est différente.

9 — Jusqu’où peut-on aller avec une LED ?

Quelques mètres ne présentent pratiquement aucune difficulté.

Avec une bonne optique, quelques centaines de mètres deviennent rapidement accessibles. Ensuite commence le véritable DX optique.

Un kilomètre est parfaitement réaliste, puis plusieurs kilomètres deviennent envisageables avec une bonne optique, un récepteur sensible et deux emplacements correctement dégagés.

Des radioamateurs ont cependant poussé l’expérience beaucoup plus loin.

La RSGB rapporte des expérimentations utilisant des LED haute puissance sur des distances de l’ordre de 100 km.

Plus spectaculaire encore, les expérimentateurs américains Clint Turner KA7OEI et Ron Jones K7RJ ont documenté en 2007 une liaison optique bidirectionnelle entre le mont Ellen dans l’Utah et le mont Wheeler dans le Nevada.

Distance : environ 173 miles, soit 278 km.

Un QSO LED entre deux sommets

En visibilité directe entre deux points hauts, une liaison optique par LED peut atteindre des distances étonnantes.

Le contact fut notamment réalisé en Morse, avec également des essais de communication vocale.

Nous sommes déjà très loin de la petite LED clignotante posée sur notre établi !

10 — LED ou laser ?

À ce stade, une question vient naturellement : pourquoi ne pas employer un laser ?

C’est effectivement possible, et les radioamateurs expérimentent depuis longtemps les communications laser.

Un laser possède l’immense avantage de produire un faisceau extrêmement étroit. Mais cet avantage devient également un inconvénient : l’alignement doit être extraordinairement précis.

S’ajoute surtout la question de la sécurité oculaire. Certains lasers peuvent provoquer des lésions irréversibles, parfois sans que le faisceau paraisse particulièrement puissant.

Pour une première expérimentation F5KEE, la LED est donc beaucoup plus intéressante : économique, robuste, simple à moduler et généralement bien moins problématique en matière de sécurité.

11 — Essayons sur notre établi

Nous pouvons commencer très simplement.

Pour l’émetteur : Microphone → préamplificateur → transistor ou MOSFET → LED rouge

Pour le récepteur : BPW34 → préamplificateur → amplificateur audio → écouteur

Liaison optique par LED : émetteur et récepteur

Une liaison optique expérimentale peut être réalisée avec une LED de puissance, une photodiode et quelques composants courants.

Plaçons les deux montages à quelques mètres et parlons devant le microphone.

Puis éloignons progressivement le récepteur.

Ensuite seulement, ajoutons une lentille devant la LED et une autre devant la photodiode.

Le gain obtenu devient alors spectaculaire.

Une seconde expérience peut consister à transmettre une tonalité de 1 kHz, puis du Morse. Avec un filtre audio centré autour de cette tonalité, nous pouvons détecter des niveaux lumineux beaucoup plus faibles.

Nous retrouvons alors quelque chose que connaissent parfaitement les amateurs de CW et de modes numériques : plus la bande passante du récepteur est étroite, plus il devient facile de sortir un petit signal du bruit.

12 — De notre expérience au Li-Fi

Notre montage peut sembler anecdotique. Il ne l’est pas vraiment.

Les communications modernes par lumière visible, souvent regroupées sous l’appellation VLC — Visible Light Communication, utilisent exactement cette propriété : une source lumineuse peut être modulée suffisamment rapidement pour transporter de l’information tout en donnant à l’œil l’impression d’un éclairage parfaitement stable.

Les systèmes modernes peuvent évidemment utiliser des modulations et des débits infiniment plus sophistiqués que notre petit montage.

Mais le principe fondamental reste étonnamment proche.

Alors, peut-on réellement faire un QSO avec une LED ?

Oui, incontestablement.

Nous pouvons transmettre notre indicatif en Morse, notre voix et même des données. Avec une optique adaptée, un bon récepteur et deux emplacements dégagés, les kilomètres s’accumulent rapidement.

Et lorsque certains expérimentateurs réussissent à établir une liaison sur 278 km, la LED cesse définitivement d’être un simple voyant lumineux.

Cette expérience nous rappelle surtout quelque chose que les radioamateurs ont toujours aimé démontrer : il n’est pas nécessaire de disposer d’une technologie extraordinaire pour expérimenter les télécommunications.

Parfois, quelques composants, deux lentilles et une LED rouge suffisent pour inventer une nouvelle manière de dire : « CQ CQ CQ… »

Actualités DX et DX-péditions — 18 septembre 2026

Actualité DX : passion radio mondiale

La seconde moitié de septembre devient particulièrement intéressante pour les chasseurs de DX. RI1FJZ reste la vedette incontestable, tandis que plusieurs opérations sont actuellement actives aux Samoa américaines, aux Seychelles, au Népal ou dans les Caraïbes. De nouvelles activités démarrent également cette semaine, notamment depuis Curaçao, La Réunion, les Maldives et les Samoa.

RI1FJZ toujours actif depuis la Terre François-Joseph

La DX-pédition RI1FJZ reste à surveiller en priorité. L’équipe est bien installée sur la Terre François-Joseph, IOTA EU-019, mais les conditions locales compliquent sérieusement l’exploitation de la station.

La présence importante d’ours polaires impose notamment de fortes restrictions aux déplacements extérieurs. L’équipe a également signalé des limitations concernant l’alimentation électrique, empêchant pour l’instant une exploitation à pleine puissance. Malgré cela, RI1FJZ continue d’être entendu sur les bandes.

L’opération est annoncée sur 160 à 10 mètres en CW, SSB et FT8, avec également des projets sur les bandes VHF/UHF et par satellite. La fin de l’activité reste actuellement annoncée autour du 25 septembre, sous réserve des conditions rencontrées sur place.

Pour les chasseurs de DXCC, RI1FJZ constitue incontestablement l’une des opérations à surveiller attentivement cette semaine.

PJ2/K5SL : Curaçao démarre aujourd’hui

Autre nouveauté de ce 18 septembre, Randy K5SL doit commencer son activité depuis Curaçao sous l’indicatif PJ2/K5SL.

Il s’agit d’une opération de vacances prévue jusqu’au 26 septembre, exclusivement en CW, sur les bandes 40, 30, 20 et 17 mètres.

L’opérateur prévoit principalement d’être présent le matin et en fin d’après-midi, heure locale. Il faudra donc surveiller les clusters afin de repérer ses premières apparitions.

QSL via K5SL.

5Q7DX et OV2T : HF et satellites depuis EU-171

Une activité particulièrement intéressante pour les amateurs français est actuellement menée depuis Saeby, dans le nord du Jutland au Danemark, référence IOTA EU-171.

Les opérateurs utilisent notamment les indicatifs 5Q7DX, OV2T et OZ/PA1SVM. L’activité doit se poursuivre jusqu’au 23 septembre environ, sur un spectre particulièrement large allant du 160 mètres au 2 mètres, en CW, SSB et modes numériques.

Particularité intéressante : l’équipe prévoit également une activité via les satellites RS-44 et QO-100.

La proximité géographique avec la France en fait évidemment une cible beaucoup plus facile que certaines DX-péditions lointaines et une excellente occasion pour les amateurs de trafic satellite.

Les principales opérations actuellement sur l’air

KH8WW — Samoa américaines, Aunuʻu
Jusqu’au 24 septembre. Activité prévue du 160 au 10 mètres, y compris 60 mètres, en CW, SSB, RTTY et FT8. L’équipe utilise notamment Spiderbeam, verticales et DX Commander. IOTA OC-045.

S79/DL2SBY — Seychelles, Mahé
Jusqu’au 21 septembre. Kasimir DL2SBY est particulièrement actif depuis Mahé, IOTA AF-024, du 80 au 6 mètres en CW, SSB et FT8. Une cible intéressante depuis l’Europe, notamment sur les bandes hautes.

9N/OM0GA — Népal
L’activité depuis Kirtipur doit se terminer le 19 septembre. Trafic annoncé du 40 au 10 mètres. Il ne reste donc que peu de temps pour tenter le contact.

8R1TM — Guyana
Aldir PY1SAD est de nouveau actif depuis Georgetown. Activité annoncée sur les bandes HF et 6 mètres en CW, SSB, modes numériques ainsi que par satellite.

V47YA et V47RCX — Saint-Kitts-et-Nevis
Les deux stations doivent rester actives jusqu’au 30 septembre, du 160 au 6 mètres en CW, SSB et FT8. V47RCX concentre principalement son activité sur le FT8.

J48S — Samos, Grèce
Dirk ON5CT est actif depuis l’île de Samos, IOTA EU-049, jusqu’au 10 octobre. Activité du 80 au 10 mètres en SSB, RTTY, FT8, FT4 et occasionnellement CW.

À surveiller dans les prochains jours

Le calendrier va encore s’enrichir très rapidement.

Dès le 19 septembre, Ludovic F1TEQ doit être actif depuis La Réunion sous l’indicatif FR/F1TEQ, jusqu’au 26 septembre. Il poursuivra ensuite son voyage depuis Mayotte, sous FH/F1TEQ, du 26 au 30 septembre. Les deux opérations sont prévues sur les bandes HF.

Le 20 septembre, 8Q7JH doit commencer depuis l’île de Thulhagiri aux Maldives, IOTA AS-013, avec une activité sur 20, 15 et 10 mètres en FT8, CW et SSB.

Le 21 septembre, ce sera au tour de 5W0AF depuis les Samoa. SP5EAQ prévoit une activité principalement en SSB du 40 au 10 mètres, avec une possibilité d’utilisation du 80 mètres.

Du 24 septembre au 6 octobre, plusieurs opérateurs japonais rejoindront Chichijima dans l’archipel d’Ogasawara, IOTA AS-031. Les indicatifs annoncés comprennent notamment JD1BON et JD1BOK, avec une activité prévue du 160 au 6 mètres en CW, SSB, FT8 et FT4.

Enfin, du 25 au 27 septembre, OC100ISL activera l’île San Lorenzo au Pérou, IOTA SA-052, également référencée comme phare ARLHS PER-006.

Et surtout : préparer 9T0MD

La grande opération à inscrire dès maintenant dans les carnets reste 9T0MD, depuis la République démocratique du Congo.

La DX-pédition est annoncée du 30 septembre au 11 octobre 2026, avec une couverture très importante allant du 160 au 6 mètres, en CW, SSB, FT8 et RTTY. L’équipe prévoit également des activités EME et satellite.

Il s’agit donc d’une opération à préparer sérieusement : antennes, propagation, fréquences annoncées et possibilités sur les différentes bandes devront être surveillées à l’approche du départ.

Que surveiller depuis la France ?

Pour les prochains jours, RI1FJZ mérite évidemment une attention particulière en raison de la rareté de la Terre François-Joseph et des conditions difficiles rencontrées par l’équipe.

S79/DL2SBY aux Seychelles constitue une cible probablement plus accessible, particulièrement sur 15 et 20 mètres lorsque la propagation est favorable.

Les amateurs de satellites pourront, quant à eux, rechercher 5Q7DX et OV2T sur QO-100 et RS-44.

Enfin, surveillons dès aujourd’hui l’apparition de PJ2/K5SL depuis Curaçao et, à partir de demain, les premiers signaux de FR/F1TEQ depuis La Réunion.

La fin septembre s’annonce donc particulièrement chargée : il est temps de garder un œil sur le waterfall… et l’autre sur le DX Cluster !