
À près de 400 km au-dessus de nos têtes, la Station spatiale internationale n’est pas seulement un laboratoire scientifique habité. Elle embarque également plusieurs équipements destinés aux radioamateurs. Parmi eux se trouve un véritable répéteur FM cross-band, accessible aux radioamateurs du monde entier lorsqu’il est en service.
Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il n’est pas nécessaire de disposer d’une station digne d’un centre spatial pour tenter l’expérience. Un transceiver VHF/UHF, une antenne adaptée et quelques connaissances sur le trafic satellite permettent déjà d’écouter — et éventuellement de réaliser un QSO — à travers l’ISS.
Voyons comment procéder.
Un relais FM… qui se déplace à 28 000 km/h !
Le principe ressemble beaucoup à celui d’un relais terrestre.
Votre station émet un signal vers le répéteur : c’est la liaison montante, ou uplink. Le répéteur reçoit votre émission puis la retransmet sur une autre fréquence : c’est la liaison descendante, ou downlink.
La différence est évidemment que notre relais se trouve dans l’espace et se déplace à environ 28 000 km/h !
Dans le cas du répéteur actuellement installé dans le module européen Columbus de l’ISS, le fonctionnement est dit V/U :
VHF → ISS → UHF
La station au sol émet donc en VHF et reçoit en UHF.
Le système utilise notamment un Kenwood D710GA, intégré à l’ARISS InterOperable Radio System (IORS). La station du module Columbus utilise l’indicatif NA1SS.
Les paramètres du répéteur
Voici l’essentiel à retenir pour programmer votre transceiver :
| Paramètre |
Valeur |
| Mode |
FM |
| Liaison montante |
145,990 MHz |
| CTCSS sur la montée |
67,0 Hz |
| Liaison descendante |
437,800 MHz |
| Configuration |
V/U |
| Équipement Columbus |
Kenwood D710GA |
| Indicatif de la station |
NA1SS |
La configuration publiée actuellement par ARISS est donc :
Vous émettez sur 145,990 MHz avec un CTCSS de 67 Hz et vous écoutez sur 437,800 MHz.
Attention à ne pas inverser les deux fréquences ! Et surtout, on n’émet pas sur la fréquence de descente.

Principe du répéteur FM de l’ISS : montée sur 145,990 MHz et descente sur 437,800 MHz.
Ne confondons pas répéteur et contact avec les astronautes
Une confusion est assez fréquente.
Utiliser le répéteur de l’ISS ne signifie pas que vous allez automatiquement discuter avec un astronaute !
Dans le fonctionnement qui nous intéresse ici, l’ISS sert simplement de relais entre deux radioamateurs au sol.
Par exemple :
F4LER → ISS → F4XXX
Pour les contacts vocaux directs avec l’équipage, d’autres fréquences sont utilisées. ARISS indique notamment 145,800 MHz comme fréquence mondiale de descente des contacts vocaux avec l’équipage.
Le répéteur cross-band FM est donc une activité bien distincte.
Première étape : savoir quand l’ISS va passer
Impossible évidemment d’utiliser le répéteur si l’ISS se trouve de l’autre côté de la planète !
Il faut donc commencer par prévoir ses passages.
Trois informations sont particulièrement intéressantes :
AOS — Acquisition Of Signal : l’ISS apparaît au-dessus de l’horizon et devient théoriquement accessible.
Élévation maximale : point du passage où elle atteint sa plus grande hauteur dans le ciel depuis votre position.
LOS — Loss Of Signal : l’ISS disparaît sous l’horizon et la liaison devient impossible.
Pour une première tentative, mieux vaut choisir un passage avec une élévation importante. La traversée sera plus favorable et la durée pendant laquelle l’ISS sera exploitable sera généralement plus confortable.
Commencez par écouter !
C’est probablement le meilleur conseil que l’on puisse donner à quelqu’un qui découvre le trafic satellite.
Avant d’appuyer sur le PTT, écoutez 437,800 MHz.
Lors d’un bon passage et lorsque le répéteur est actif, vous pourrez entendre les stations qui l’utilisent. Cela permet également de comprendre très rapidement le rythme particulier du trafic satellite.
Les échanges sont généralement courts.
Il faut garder à l’esprit que contrairement à un relais local, des radioamateurs situés dans plusieurs pays peuvent se retrouver simultanément dans la zone couverte par l’ISS.
Et tout le monde partage le même canal FM.
Le Doppler : la fréquence semble se déplacer
Voici l’une des particularités les plus intéressantes du trafic satellite.
Lorsque l’ISS arrive rapidement vers nous, sa fréquence reçue paraît légèrement plus élevée. Lorsqu’elle s’éloigne, elle paraît plus basse.
C’est l’effet Doppler.
Le phénomène est proportionnel à la fréquence. Il devient donc particulièrement sensible sur la descente UHF à 437,800 MHz.

Effet Doppler sur la descente UHF de l’ISS : la fréquence reçue diminue progressivement pendant le passage.
Pour une utilisation manuelle, on peut par exemple prévoir plusieurs mémoires de réception autour de la fréquence centrale :
| Situation approximative |
Réception |
| ISS en approche |
437,810 MHz |
| Approche |
437,805 MHz |
| Passage proche |
437,800 MHz |
| Éloignement |
437,795 MHz |
| ISS s’éloigne |
437,790 MHz |
Ces valeurs constituent avant tout des pas pratiques de réglage : la correction réelle varie continuellement avec la géométrie du passage.
Au début, on écoute donc légèrement au-dessus de 437,800 MHz, puis on diminue progressivement la fréquence au cours du passage.
Sur la montée à 145,990 MHz, le Doppler existe également, mais son amplitude est environ trois fois plus faible qu’en 70 cm.
Un logiciel de poursuite satellite peut naturellement effectuer des corrections beaucoup plus précises.
Quelle antenne utiliser ?
ARISS indique qu’une station typique peut utiliser une antenne Yagi à polarisation circulaire pouvant être orientée en azimut et en élévation.
Mais il est également possible d’expérimenter avec des moyens beaucoup plus modestes.
Une petite Yagi VHF/UHF portable, telle qu’une antenne de type Arrow, constitue une excellente solution. Elle permet de suivre manuellement le déplacement de l’ISS dans le ciel.

Une petite Yagi bi-bande permet de suivre manuellement l’ISS et d’accéder à son répéteur FM.
Avec une antenne directive, le gain apporté par l’antenne est souvent beaucoup plus intéressant que d’essayer simplement d’augmenter la puissance d’émission.
Même une antenne verticale ou une ground-plane peut permettre certaines réceptions lorsque les conditions sont favorables, ce qu’ARISS confirme également.
Comment lancer un appel ?
Supposons maintenant que l’ISS arrive, que vous entendiez parfaitement le répéteur et que votre station soit prête.
Écoutez d’abord quelques instants.
Attendez un intervalle libre et lancez un appel très court.
Par exemple :
« F5KEE, JN18 »
Une station peut alors vous répondre :
« F5KEE de F4XXX… »
L’échange peut rester extrêmement simple :
« F4XXX, F5KEE, JN18, 59, 73 ! »
L’autre station confirme et le QSO est terminé.
Indicatif, locator, report et éventuellement prénom : inutile d’occuper le répéteur pendant trente secondes pour transmettre des informations qui ne sont pas indispensables.
Sur un passage très fréquenté, quelques secondes peuvent suffire pour un QSO complet.
Le full-duplex : un avantage considérable
Pour le trafic satellite FM, disposer d’une station capable de fonctionner en full-duplex est particulièrement confortable.
Cela signifie que vous pouvez émettre sur :
145,990 MHz
tout en continuant à recevoir simultanément :
437,800 MHz.
L’intérêt est considérable : vous pouvez entendre votre propre signal retransmis par l’ISS.
Si vous vous entendez correctement sur la descente, vous savez immédiatement que votre signal entre dans le répéteur.
Dans le cas contraire, inutile d’appeler continuellement en espérant qu’une station vous entende.
Le full-duplex permet également de mieux entendre les éventuelles collisions avec d’autres stations.
Pas besoin de « pousser les watts »
Avec les satellites FM, augmenter la puissance n’est pas nécessairement la bonne solution.
Une antenne correctement orientée, une vue dégagée et un passage favorable comptent énormément.
Surtout, des dizaines de stations peuvent tenter simultanément d’accéder au répéteur. Une station excessivement puissante risque simplement de rendre l’accès plus difficile pour les autres.
La bonne pratique consiste donc à employer la puissance nécessaire à l’établissement de la liaison, sans chercher à écraser le canal.
Une procédure simple pour votre première tentative
Pour résumer, une première expérience peut se préparer ainsi :
1. Recherchez un passage favorable de l’ISS.
2. Vérifiez que le répéteur ARISS est actuellement en service.
3. Programmez l’émission sur 145,990 MHz FM + CTCSS 67 Hz.
4. Programmez la réception autour de 437,800 MHz avec plusieurs mémoires pour faciliter la correction Doppler.
5. Commencez par écouter la descente avant l’AOS.
6. Orientez progressivement votre antenne vers l’ISS.
7. Lorsque le répéteur est bien reçu, attendez un intervalle libre avant d’appeler.
8. Donnez votre indicatif clairement et brièvement.
9. Si une station répond, réalisez un échange court.
10. Continuez à corriger la fréquence de réception au fur et à mesure que l’ISS traverse le ciel.
Et surtout : écoutez beaucoup avant d’émettre. Quelques passages uniquement consacrés à la réception constituent un excellent apprentissage.
Le répéteur n’est pas disponible en permanence
Même si l’ISS passe au-dessus de chez vous, cela ne garantit pas que le répéteur soit utilisable.
Les équipements radioamateurs peuvent être arrêtés temporairement pour différentes opérations à bord. C’est notamment le cas lors de certaines sorties extravéhiculaires (EVA), opérations d’amarrage ou de désamarrage.
Il faut donc vérifier le statut ARISS avant de conclure à une panne de votre station !
Au moment de la rédaction de cet article, en septembre 2026, ARISS indique le Kenwood D710GA du module Columbus en mode répéteur vocal, sur 145,990 MHz en montée avec PL 67 Hz et 437,800 MHz en descente.
Un relais pas tout à fait comme les autres
Utiliser le répéteur de l’ISS constitue probablement l’une des façons les plus simples de découvrir le trafic radioamateur par satellite.
Il y a quelque chose d’assez particulier à appuyer sur le PTT en sachant que votre signal quitte votre antenne, parcourt environ 400 km jusqu’à la Station spatiale internationale, y est reçu puis retransmis vers la Terre quelques fractions de seconde plus tard.
Et tout cela peut être réalisé avec une station radioamateur relativement modeste.
La première étape est d’ailleurs gratuite et ne demande aucun matériel supplémentaire : lors du prochain bon passage de l’ISS, programmez 437,800 MHz, corrigez progressivement le Doppler… et écoutez.
Vous découvrirez peut-être qu’à 400 km au-dessus de votre tête, le relais est déjà occupé !